Redécouvrir Cheikh Anta Diop à travers l’ouvrage du Dr Khadim Ndiaye : l’IFAN accueille une table ronde

Ce lundi 22 décembre , à l’auditorium Khaly Amar Fall ,où la voix de Cheikh Anta Diop tonnait déjà en 1976 , s’est tenue une table ronde autour de la présentation de l’ouvrage du Dr Khadim Ndiaye, Cheikh Anta Diop par lui-même : itinéraire, pensées, confidences, opinions et combats.

Organisée grâce à la collaboration de trois laboratoires de l’IFAN (Histoire, Carbone 14, Préhistoire et Protohistoire), ainsi que de la Direction des affaires culturelles et scientifiques (DACS), cette rencontre a permis à l’auteur d’expliquer la démarche singulière qui a guidé son travail. Fidèle à l’esprit de Cheikh Anta Diop, qui refusait tout cloisonnement des disciplines scientifiques, Khadim Ndiaye a souligné qu’il était impossible d’appréhender pleinement la pensée du savant en se limitant à ses seuls ouvrages.

Pour combler ce qu’il estime être les « 20 % manquants » après pourtant dix années de recherche, l’historien s’est tourné vers d’autres sources : archives audiovisuelles, presse écrite, transcriptions de conférences et de colloques — notamment celui organisé par Sankoré sous l’impulsion de Pathé Diagne — ainsi que le journal Taxaw. Cette immersion dans les matériaux périphériques lui a permis de restituer une pensée vivante, contextualisée et profondément engagée.

 Présentant sa lecture de Cheikh Anta Diop, Dr Ndiaye ressort plusieurs axes majeurs de la pensée diopienne. L’unité culturelle africaine  est un fait historique, sans nécessairement impliquer une unité politique, celle-ci relevant d’un projet. Il considère à travers la relecture de Cheikh Anta Diop que le savant milite pour  une fédération africaine pluricommunautaire respectueuse des identités nationales ; pour  la promotion d’une langue continentale n’entrant pas en concurrence avec les langues maternelles ainsi que  la nécessité, dans une logique de dissuasion, d’une « bombe atomique africaine ».  En effet,  Cheikh Anta Diop considère que « la sécurité précède le développement ». Il y a enfin, l’instauration d’un bicaméralisme inspiré des sociétés africaines précoloniales, avec deux chambres parlementaires d’égale dignité, l’une composée de femmes, l’autre d’hommes.

Sur ce point,  Dr Khadim Ndiaye a proposé le concept de « Féeminisme », forgé à partir du terme wolof feem, pour qualifier la vision féministe singulière de Cheikh Anta Diop, enracinée dans les structures sociales africaines.

Comme le veut la tradition académique, la présentation de l’ouvrage a été précédée d’un panel introductif, modéré par le Dr Mamadou Bodian, sociologue à l’IFAN. Pr Ibrahima Thiaw  représentant le Directeur de l’IFAN , a ouvert la rencontre en rappelant avec force que « Cheikh Anta Diop est sans aucun doute l’intellectuel africain le plus puissant du XXᵉ siècle ».

Préfacier de l’ouvrage, le Dr Dialo Diop a choisi de ne pas s’attarder sur le scientifique dont les travaux, bien que longtemps controversés, ne le sont plus aujourd’hui. Il a plutôt mis en lumière l’homme politique, fondateur du Rassemblement national démocratique (RND), insistant sur la place centrale de l’éthique dans son engagement, son respect scrupuleux de la parole donnée et sa rigueur morale. Il a également rappelé un point fondamental de la pensée de Cheikh Anta Diop : pour lui, toutes les cultures se valent, et la seule revendication légitime des peuples noirs est celle de l’antériorité de leur civilisation.

Ancienne directrice de la Bibliothèque universitaire de l’UCAD puis de la Direction du Livre et de la Lecture, Mme Marietou Diongue a, pour sa part, souligné la profonde confiance que Cheikh Anta Diop plaçait dans  la jeunesse, à laquelle il témoignait une affection sincère. Elle a rappelé que si la première exposition consacrée au savant au Sénégal a pu être organisée seulement quarante jours après son décès, c’est parce qu’il lui avait lui-même donné, de son vivant, toutes les indications nécessaires sur les œuvres à présenter au public.

Mme Diongue a également plaidé pour une valorisation effective des langues nationales, rappelant l’importance de la diversité linguistique comme socle de l’émancipation culturelle africaine.

Approches pluridisciplinaires des manuscrits islamiques : l’IFAN abrite un atelier doctoral international

L’IFAN a abrité  du 15 au 18 décembre un  atelier de formation doctoral « Écrire les savoirs islamiques en Afrique de l’Ouest à l’époque moderne : approche pluridisciplinaire des manuscrits de l’IFAN ». Co-organisé par le Centre Jacques Berque, l’INALCO et l’Université internationale de Rabat, cet atelier a vu la participation d’une quinzaine de doctorants sénégalais, marocains et français.

Consacré à l’étude et à la valorisation de ses riches collections de manuscrits de l’IFAN, cette rencontre s’inscrit dans le cadre d’un programme de recherche lancé en octobre 2023 et distingué en 2024 par le programme d’excellence de l’IFI.

Intitulé « Penser l’islam depuis le Sénégal, la France et le Maroc. Approches comparatistes et pluridisciplinaires », ce projet vise à mieux comprendre les expériences musulmanes dans ces trois contextes, en croisant les regards de chercheurs issus de disciplines variées. Les participants s’interrogent notamment sur les langues, les références bibliographiques, les outils méthodologiques et les démarches épistémologiques mobilisés pour analyser les pratiques et les débats autour de l’islam, hier comme aujourd’hui.

Au cœur des discussions : les grands thèmes qui structurent les études islamiques en France, au Maroc et au Sénégal, ainsi que l’état actuel des recherches et des enjeux dans ces pays. Le programme se situe à la croisée des études islamiques « classiques » – doctrinales, juridiques, philologiques et mystiques – et des sciences humaines et sociales appliquées aux corpus et aux pratiques musulmanes.

L’IFAN accueille l’atelier de validation des fiches terminologiques du projet SENTERMINO

L’IFAN Cheikh Anta Diop a accueilli, les 19 et 20 novembre 2025, le premier grand atelier officiel de validation des fiches terminologiques du projet SENTERMINO – Banque de Données Terminologiques et de Traductique du Sénégal, un dispositif national dédié au développement, à la normalisation et à la diffusion des terminologies en langues nationales.

Cet atelier, organisé en collaboration avec l’École supérieure polytechnique (ESP) de Dakar et soutenu par l’Unesco dans le cadre de son programme Cap Education (CAPED), l’IFEF avec le programme Ecole et langues nationales (ELAN) et le Ministère de l’Éducation nationale, marque une étape majeure dans la construction d’une infrastructure linguistique destinée à renforcer l’enseignement bilingue et l’intégration des langues nationales dans l’écosystème numérique du Sénégal.

Un atelier placé sous le signe de la rigueur scientifique et du travail collectif

Dans son mot d’ouverture, la Pr Adjaratou Oumar Sall Diaw, coordonnatrice du projet, a rappelé l’importance de cette étape : « C’est le premier atelier de validation scientifique. Nous construisons ici les fondations d’une plateforme qui servira l’éducation, la recherche et le grand public. »

L’atelier intervient après une première séance d’essai consacrée à la prise en main de la plateforme. Cette fois, le Comité scientifique national de validation (CNSV) – une trentaine de spécialistes – était réuni pour assurer l’aval final des fiches terminologiques. Mme Diaw a salué la présence des experts, des professeurs et des linguistes qui travaillent sur la terminologie depuis des décennies, ainsi que celle Marieme Diallo, coordinatrice du Programme CapED de l’UNESCO et des représentants du Ministère de l’Éducation nationale, Pr Mbacké Diagne, Conseiller technique du Ministre et Mr Aliou Fall, Directeur de l’Alphabétisation et des Langues nationales, Mme Sernabou Wade, Directrice du Centre National de ressources éducationnelles.

Le Comité scientifique national de validation (CNSV), composé d’une trentaine de spécialistes, a travaillé durant deux jours à l’examen et à la validation des fiches produites par les Sous-réseaux thématiques (SRT) et prévalidées par les Comités de Langue (CL).

Un processus méthodologique rigoureux et participatif

Le projet SENTERMINO repose sur une méthodologie structurée en quatre étapes principales :

– Dépouillement et préproduction par les Comités de Langue, qui élaborent les listes de mots et les premières définitions ;

– Production terminologique par les Sous-réseaux thématiques, organisés par langues et par domaines scientifiques ;

– Relecture, harmonisation et corrections par les Comités de Langue ;

– Validation finale par le Comité scientifique national de validation, chargé de garantir la fiabilité linguistique, terminologique et scientifique des équivalents.

Au total, plus de 1 000 fiches terminologiques ont déjà été produites sur un corpus de 2 089 entrées couvrant les trois langues nationales (wolof, pulaar, seereer) et cinq domaines disciplinaires : Langue & communication, Mathématiques, Physique, Chimie, Sciences de la vie et de la Terre (SVT), TIC.

Des apports documentaires exceptionnels : plus de 200 corpus remis au projet

La Direction de l’Alphabétisation et des Langues nationales (DALN), le Centre national de ressources éducationnelles (CNRE), ainsi que d’autres partenaires institutionnels et experts individuels ont remis au projet près de 200 documents terminologiques, constituant une base unique au Sénégal.

Ces documents – souvent issus de décennies de recherche – sont déjà numérisés et son entrain d’être archivés et intégrés dans la bibliothèque numérique SENTERMINO.

À cela s’ajoute un nouveau corpus de 400 termes en finance aves des équivalences en pulaar, remis par un expert des Nations Unies, qui servira de point de départ à l’élaboration d’une série quadrilingue (wolof–pulaar–seereer–français).

Des enjeux majeurs pour l’enseignement bilingue

SENTERMINO est désormais considéré comme un outil clé pour la mise en œuvre du Modèle harmonisé de l’enseignement bilingue (MOHEBS).

Il facilitera la création de manuels bilingues, la formation des enseignants et l’introduction des langues nationales dans les outils numériques et les plateformes éducatives.

Les participants ont également insisté sur l’urgence d’intégrer les langues nationales dans les environnements numériques afin d’éviter la circulation d’équivalents incorrects générés par l’intelligence artificielle.

Recommandations et perspectives : renforcer la souveraineté linguistique et numérique

Les participants ont formulé plusieurs recommandations essentielles pour consolider l’efficacité du dispositif et assurer la pérennité du travail terminologique. Ils ont d’abord insisté sur la nécessité de retravailler certaines définitions afin de les rendre plus accessibles et plus facilement utilisables par les producteurs de fiches comme par les futurs utilisateurs. Ils ont également souligné l’importance de garantir une véritable cohérence interlinguistique, en veillant à ce que les équivalents proposés soient harmonisés entre les différentes langues nationales.

L’accélération du rythme de production terminologique a été identifiée comme un axe prioritaire, notamment pour répondre aux besoins croissants du système éducatif et des secteurs numériques. Dans cette perspective, les participants ont recommandé d’adresser un courrier au Ministre de l’Éducation nationale afin de permettre l’intégration des ressources terminologiques déjà produites dans le cadre de l’enseignement bilingue à la future base nationale, et de les approfondir si nécessaire.

Ils ont également attiré l’attention sur l’urgence de renforcer la présence des langues nationales dans l’environnement numérique, afin d’éviter que les systèmes d’intelligence artificielle ne

génèrent des équivalents incorrects pouvant induire les apprenants en erreur. Enfin, ils ont préconisé l’intensification des sessions régulières de validation afin de soutenir la dynamique de production et d’assurer la qualité scientifique des contenus terminologiques.

Des enjeux majeurs pour l’enseignement bilingue

SENTERMINO est désormais considéré comme un outil clé pour la mise en œuvre du Modèle harmonisé de l’enseignement bilingue (MOHEBS).

Il facilitera la création de manuels bilingues, la formation des enseignants et l’introduction des langues nationales dans les outils numériques et les plateformes éducatives.

Les participants ont également insisté sur l’urgence d’intégrer les langues nationales dans les environnements numériques afin d’éviter la circulation d’équivalents incorrects générés par l’intelligence artificielle.

Le projet répond directement aux priorités nationales en matière de souveraineté linguistique, éducative et numérique, et contribue à renforcer la cohésion linguistique du pays.

Les deux journées de l’atelier des 19 et 20 novembre 2025 ont marqué une avancée décisive pour la structuration de la terminologie en langues nationales au Sénégal. Avec l’engagement des linguistes, des enseignants-chercheurs, des partenaires institutionnels, des experts du Ministère, des personnes ressources, SENTERMINO franchit une nouvelle étape vers la mise à disposition d’une base terminologique nationale accessible, fiable et adaptée aux besoins de l’éducation, de la recherche et du grand public.

Avec cet atelier, l’IFAN Cheikh Anta Diop, en tant qu’institution pilote, réaffirme son rôle central dans la production scientifique, la valorisation des langues nationales et le développement d’outils innovants au service du Sénégal.

Appel à contributions Bulletin A de l’Institut fondamental d’Afrique noire Ch. A. Diop (IFAN Ch. A. Diop)

Le Bulletin de l’IFAN, série A (Sciences de la Vie, Sciences de la Terre), lance un appel
à contribution d’articles pluridisciplinaires pour le tome LVII (1-2) à paraître en mars 2026.
Fondé en 1939, le Bulletin de l’IFAN publie des articles originaux ou de synthèse, des
notes et documents et des comptes rendus bibliographiques sur des sujets relatifs à l’Afrique
noire et spécialement l’Afrique noire occidentale, dans les différents domaines des Sciences de
la Vie et de la Terre pour sa série A et dans ceux des Sciences humaines pour sa série B.
Ces études sont généralement rédigées en français, mais peuvent l’être en anglais ou
éventuellement en allemand, espagnol, italien, ou portugais. Dans les autres cas, une traduction
en français ou en anglais sera nécessaire.
Les articles (bibliographie comprise) ne devront pas dépasser 30 pages en interligne
simple. La police recommandée est Times New Roman, corps 12. Les notes de bas de pages
seront traitées dans la même police de caractères, corps 10.
Un résumé doit figurer obligatoirement en début d’article, rédigé par l’auteur dans
la langue de publication de l’article.
Il doit contenir les principaux éléments de l’étude, surtout
ceux qui n’apparaissent pas dans le titre, en particulier son objet, sa méthodologie, les
principaux éléments apportés et les conclusions essentielles.
À la suite du résumé dans la langue de publication doit figurer un résumé dans une autre
langue de communication internationale (français ou anglais)
précédé du titre traduit dans
cette langue ; ce résumé peut être plus long et plus complet que le résumé dans la langue de
publication.
Des mots-clés doivent être mentionnés après les résumés, de façon à pouvoir intégrer
l’article dans les systèmes internationaux de bases de données.

Chaque article comportera des subdivisions avec des titres et sous-titres courts en
minuscules. La hiérarchie entre les différents niveaux de titres doit être très claire.
Les citations sont placées entre guillemets doubles et insérées dans le corps du texte,
lorsqu’elles sont courtes. Si elles atteignent au moins quatre lignes, elles sont placées en retrait.
Toute citation, directe ou indirecte, doit être référencée.
Les citations de seconde main ne sont pas admises.
Les références
sont incorporées dans le texte, selon le système auteur-date sans
ponctuation, entre parenthèses, comme suit :
(Fall 1980) et, en cas de renvoi à la page : (Fall 1980 : 118) ou (Fall 1980 : 117, 120,
130).
Dans le corps du texte, le nom est présenté en minuscules, à l’exception de l’initiale en
majuscule : Vernant ; Vidal-Naquet ; Diop.
Les notes de bas de page seront numérotées de façon continue. Il est conseillé d’éviter
l’excès de notes (en nombre ou en longueur).
En dehors des sigles, aucun mot ne doit être écrit en capitales, même au niveau des titres.
Il est demandé de ne pas mettre de point ni d’espace après chaque lettre (exemple : IFAN et
non I. F. A. N.).
Les majuscules initiales doivent être réservées au début des phrases et aux noms propres
ou considérés comme tels (et aussi aux noms communs en allemand) et elles seront accentuées,
le cas échéant (À, Â, É, È, Ê, Ô, etc.).
Aucun texte ne doit être soumis s’il a déjà été publié ou s’il est en instance de l’être
dans une autre revue
. Les manuscrits reçus sont soumis à un comité de lecture qui a pour
mission de juger leur contenu aux points de vue de leur valeur scientifique et de l’opportunité
de leur publication par l’IFAN. Les auteurs sont informés de la décision prise par ce comité. La
rédaction se réserve la possibilité de procéder à des retouches dans le texte et à des suppressions
dans les tableaux et illustrations.
Une bibliographie sera attachée à chaque contribution, et devra être présentée comme
suit.
Présentation bibliographique (dans l’ordre alphabétique, uniquement)
1) ouvrages imprimés, à présenter comme suit, à l’exclusion de toute autre mention
a) ouvrage en 1 vol.
FOURNIER, N. (1998). Grammaire du français classique. Paris : Belin.
b) titre générique d’un ouvrage et titre propre d’un volume
GURVITCH, G. (1969). La vocation actuelle de la sociologie, t. 1, Vers la sociologie
différentielle
. Paris : PUF.
c) contribution à un ouvrage collectif
THILMANS, G. (1997). « Puits et captiveries à Gorée aux XVIIe et XVIIIe s. » : 107-
120, 5 ill., in : D. Samb (éd.) Gorée et l’esclavage. Dakar : IFAN Ch. A. Diop.
2) Mémoire ou thèse (norme AFNOR Z44-050, simplifiée)

NGOM, P. M. (1995).- Caractérisation de la croûte birimienne dans les parties centrale
et méridionale du supergroupe de Mako
.- Th. État : Géol. : UCAD de Dakar.- 243 f.
3) Article
CASTER, F. (1964). « Les réseaux modernes », Géographie urbaine XII (9) : 234-289,
11 fig., 3 ill., 1 carte.
Les contributions (format word) sont à envoyer à : publications.ifan@ucad.edu.sn et
seront publiées dans le Bulletin de l’IFAN, série A, LVII (1-2) en mars 2026.
CALENDRIER :
Date limite de soumission : 31 décembre 2025
Notification et retour d’expertise aux auteurs : 27 janvier 2026
Retour définitif des textes corrigés : 10 février 2026
Envoi des tirés à part (TAP) : 18 mars 2026

 Sentermino, première plateforme terminologique du Sénégal

L’IFAN Cheikh Anta Diop et l’École Supérieure Polytechnique (ESP),  ont lancé  mardi 16 septembre 202  la plateforme Sentermino,  qui est une base d donnée terminologues et de traduction. Portée en  partenariat avec l’UNESCO,  l’IFEF et le Ministère de l’Éducation nationale, Sentermino est  un outil stratégique au service de l’enseignement, de la recherche et de la diffusion des savoirs. La plateforme centralise, harmonise et met à disposition des terminologies scientifiques et techniques, validées et adaptées aux langues nationales. Elle vise à structurer une base de données terminologique en ligne, évolutive et accessible à tous, avec l’appui d’experts linguistiques et sectoriels.

SENTERMINO facilite ainsi la production de contenus scientifiques et pédagogiques en langues nationales et contribue à la valorisation du patrimoine linguistique sénégalais. Le projet démarre avec trois langues (wolof, pulaar et seereer) et couvre plusieurs disciplines : langue et communication, mathématiques, physique-chimie, sciences de la vie et de la Terre, technologies de l’information et de la communication. À terme, il sera élargi à d’autres langues nationales ainsi qu’à des secteurs stratégiques tels que la santé, l’environnement, l’agriculture, la justice ou l’artisanat.

Ces outils permettront par exemple à un chercheur de rédiger un article en wolof ou en pulaar et de le traduire automatiquement en français ou en anglais avec un haut degré de fiabilité. À l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle, les données linguistiques constituent désormais une ressource stratégique. SENTERMINO se révèle être un levier de souveraineté numérique, en fournissant un corpus structuré qui nourrira les technologies de demain : moteurs de recherche, systèmes de synthèse vocale, chatbots, plateformes d’apprentissage en ligne.Une équipe engagée pour un Sénégal multilingue.

La coordonnatrice du projet, Pr Adjaratou Oumar Sall, encourage vivement les usagers à s’approprier la plateforme et à contribuer à son enrichissement. L’objectif est clair : faire des langues nationales de véritables vecteurs de savoirs et de technologies.

De son côté, Pr Abdoulaye Baila Ndiaye, directeur de l’IFAN, souligne que « ce projet constitue un véritable pont entre la science, la pluridisciplinarité et la traduction. Il fédère des experts issus de divers horizons , linguistes, terminologues, mathématiciens, physiciens, chimistes, informaticiens, traducteurs et ingénieurs — qui œuvrent ensemble à la normalisation des terminologies scientifiques et au développement d’outils de traductique et de traduction assistée par ordinateur. »

Le projet SENTERMINO repose sur une équipe pluridisciplinaire composée d’universitaires, chercheurs, linguistes, traducteurs, journalistes, informaticiens, locuteurs natifs et représentants des communautés linguistiques. Tous s’engagent à produire et diffuser des ressources linguistiques modernes au service d’un Sénégal multilingue, bilingue et résolument tourné vers l’avenir. Le vice-recteur de l’UCAD  a  salué l’initiative  et souhaité un soutien financier  plus solide. Ce qui  pourrait ouvrir de vastes horizons pour la valorisation scientifique de nos langues et contribuer  à renforcer notre autonomie intellectuelle et académique.

Le musée Monod de l’IFAN célèbre l’héritage musical à travers la Kora de Soundioulou Sissoko

La kora emblématique de Soundioulou Sissokho, légende de la musique sénégalaise a rejoint officiellement les collections du Musée Théodore Monod de l’IFAN. 

La cérémonie de donation de cet instrument emblématique s’est tenue le samedi 19 juillet 2025, dans une atmosphère empreinte de solennité et de profonde émotion. Cet événement marquant a réuni la veuve de l’artiste, Madame Ma Hawa Kouyaté, ainsi que plusieurs membres de sa famille, venus témoigner de leur attachement à cet héritage culturel. 

L’architecte Pierre Goudiaby Atépa a souligné la portée exceptionnelle de ce geste, le qualifiant d’« extrêmement important » en raison de son fort pouvoir symbolique et historique. 

Un Instrument, Une Mémoire Vivante 

Soundioulou Sissokho, célèbre joueur de kora et ancien pensionnaire du Théâtre national Daniel Sorano, a marqué l’histoire culturelle du Sénégal avant son décès en 1994. Surnommé le « Roi de la kora » par l’ancien président guinéen Ahmed Sékou Touré, son instrument est bien plus qu’un simple objet. C’est un instrument qui était traditionnellement joué dans les cours royales et qui a accompagné Soundioulou Sissokho partout dans le monde. 

Avec cette kora, il a joué et a été reçu dans de nombreux pays où il accompagnait le Président Senghor, et il a même joué au palais de la République lorsque Senghor recevait ses invités, accompagnant ses récits de poèmes. Comme le souligne Pierre Goudiaby Atépa, Soundioulou Sissokho a permis à cet instrument africain de « parcourir le monde et de faire partie de la culture universelle ». 

Le musée Théodore Monod de l’IFAN CH.A. DIOP accueille l’exposition sur les instruments de musique traditionnels jusqu’au 30 Septembre. 

Le musée envisage également de développer des programmes pour vulgariser l’usage et la connaissance de la kora.  

SENTERMINO : Atelier de production de fiches terminologiques

Un pas décisif vers l’enracinement du bilinguisme scolaire au Sénégal :

L’IFAN a accueilli un atelier national de production terminologique dans le cadre du projet SENTERMINO

Un atelier national de production et de validation de fiches terminologiques s’est tenu les 30 et 31 juillet 2025 à la salle de conférence de l’IFAN Cheikh Anta Diop, dans le cadre du projet SENTERMINO (Sénégal Terminologie). Cet atelier constitue une étape clé dans la mise en œuvre d’un ambitieux projet de recherche-action visant à doter les langues nationales sénégalaises d’outils linguistiques et scientifiques indispensables à l’enseignement et à la recherche.

Un projet au service du bilinguisme éducatif 

Le Sénégal a engagé depuis plusieurs décennies une politique d’éducation bi-plurilingue fondée sur l’introduction progressive des langues nationales comme langues premières d’enseignement (L1). Cette orientation s’est structurée davantage avec l’adoption, depuis 2020, du Modèle Harmonisé de l’Enseignement Bilingue au Sénégal (MOHEBS), destiné à généraliser l’enseignement bilingue à l’échelle nationale.

Cependant, la mise en œuvre de ce modèle nécessite la disponibilité d’un vocabulaire scolaire et scientifique riche, précis et harmonisé dans les langues nationales. C’est pour répondre à ce besoin fondamental que le projet SENTERMINO a été conçu.

SENTERMINO : une banque de données pour valoriser les langues nationales

Porté par l’IFAN Cheikh Anta Diop, en partenariat avec l’École Supérieure Polytechnique (ESP), le Ministère de l’Éducation nationale, l’UNESCO (via son programme CapED) et l’Institut de la Francophonie pour l’Éducation et la Formation (IFEF), SENTERMINO a pour objectif de créer une plateforme numérique centralisée et évolutive regroupant des données terminologiques en wolof, pulaar, seereer – et à terme dans toutes les langues nationales.

Conçu au départ pour soutenir l’enseignement bilingue, SENTERMINO est pensé comme un projet structurant, destiné à s’ouvrir progressivement à d’autres domaines clés de la vie nationale tels que la santé, l’agriculture, la justice, la pêche, l’artisanat, les technologies de l’information, les médias, l’environnement ou encore l’économie sociale et solidaire. L’enrichissement terminologique dans ces secteurs contribuera à faciliter l’accès aux services essentiels, à renforcer les politiques publiques et à promouvoir une communication inclusive et efficace auprès des populations.


À travers cette base de données qui sera accessible en ligne, le projet entend soutenir la production de documents scolaires, parascolaires, scientifiques et techniques dans les langues nationales, tout en contribuant à l’enracinement des savoirs locaux et à leur ouverture au monde et à la science.

Objectifs du projet SENTERMINO

L’objectif principal est de mettre en place une Banque nationale terminologique, pérenne, centralisée et accessible à tous. Ce projet se décline en plusieurs objectifs spécifiques :

1. Identifier et mobiliser les acteurs pertinents.

2. Renforcer les capacités des producteurs de données terminologiques.

3. Concevoir une base de données adaptée aux domaines ciblés.

4. Assurer une production continue et structurée des données.

5. Harmoniser et valider les terminologies.

6. Préparer l’homologation nationale et la certification ISO.

7. Former les utilisateurs à l’exploitation de la base.

8. Publier des ouvrages terminologiques spécialisés.

9. Développer la traductique (traduction assistée par ordinateur) entre langues nationales et étrangères.

L’atelier de juillet : vers des productions harmonisées et validées

L’atelier de production a réuni à l’IFAN les membres des Réseaux thématiques du projet, composés de chercheurs, enseignants-chercheurs, spécialistes des langues, informaticiens et enseignants. Durant deux jours, ils ont travaillé collectivement à l’élaboration, à l’harmonisation et à la validation de fiches terminologiques sous la coordination du Professeur Fary Silate Ka, expert en terminologie.

L’événement a été honoré par la présence de partenaires financiers et techniques : Mme Marème Diallo, coordinatrice du programme CapED de l’UNESCO, et M. Rémy Yaméogo, chargé du programme ELAN à l’IFEF, qui ont participé activement aux échanges et aux travaux.
Les objectifs de cet atelier étaient clairs :
– Examiner et harmoniser les productions déjà amorcées depuis le début du projet ;
– Résoudre les difficultés rencontrées dans les différentes équipes ;
– Produire de nouvelles fiches terminologiques validées, destinées à être intégrées à la future plateforme.

Activités prévues pour 2025-2026

Plusieurs actions sont programmées dans le cadre du projet :
– Élaboration de la méthodologie de travail et cartographie des acteurs ;
– Renforcement des capacités des participants par des formations ;
– Collecte, traitement et validation des données ;
– Archivage numérique et alimentation de la bibliothèque en ligne ;
– Conception, édition et publication de lexiques bilingues spécialisés.

Avec SENTERMINO, le Sénégal pose les fondements d’un outillage linguistique structuré et scientifique en langues nationales, condition indispensable à une éducation inclusive, pertinente et souveraine. Un projet au service du développement, de la justice linguistique et de l’ouverture au monde.

Vulgarisation de la plateforme PREDISAN à l’IFAN : Veille numérique pour la résilience alimentaire 

L’IFAN Cheikh Anta Diop a présenté, les jeudi 24 et vendredi 25 juillet, la plateforme numérique PREDISAN lors d’un atelier de vulgarisation destiné à la société civile, aux agences étatiques, aux chercheurs et aux éleveurs. Face aux défis croissants liés à l’insécurité alimentaire, aux changements climatiques et à la dégradation des ressources naturelles, cette innovation technologique  vient renforcer les capacités d’alerte précoce au Sénégal et dans la région sahélienne. 

Développée par Action contre la Faim, en partenariat avec Gis4Tech et l’Université de Grenade,  le platefome PREDISAN est conçue pour suivre en temps réel les indicateurs de sécurité alimentaire et pastorale. Grâce à des fonctionnalités avancées comme la géolocalisation, la modélisation prédictive, l’analyse de données satellitaires et la génération d’alertes précoces, cette plateforme permet d’anticiper les risques, de renforcer la résilience des populations et de guider les décisions humanitaires.

Selon le chercheur Alla Manga, chef du  Laboratoire de géographie de l’IFAN, cette plateforme est basée sur des données fiables et actualisées, issues de bases publiques et de réseaux communautaires de « sentinelles ». Ce maillage permet une collecte continue d’informations, essentielle pour mieux comprendre les dynamiques locales et intervenir efficacement.

Porté  le Laboratoire de Géographie  et le LARTES-IFAN, l’atelier de vulgarisation visait à faciliter l’appropriation de PREDISAN par les organisations de la société civile, les institutions étatiques, les collectivités locales et les chercheurs. L’objectif  est d’intégrer la plateforme dans les systèmes de surveillance et de réponse existants, et outiller les acteurs de terrain pour faire face aux défis d’une région de plus en plus exposée à l’instabilité climatique et alimentaire.

L’intérêt de PREDISAN réside dans sa capacité à rendre visible les signaux faibles de crise avant qu’ils ne deviennent des catastrophes humanitaires. Elle offre un levier stratégique d’action préventive, notamment dans les zones frontalières du sud de la Mauritanie et du nord du Sénégal.

L’atelier s’inscrit donc dans une dynamique de vulgarisation technologique et de coopération interdisciplinaire, liant innovation scientifique, engagement communautaire et action humanitaire, pour une meilleure anticipation des menaces et une gestion plus intelligente des ressources.

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