Symposium écolinguistique : Les enjeux écologiques sous le prisme des sciences humaines et sociales

Le laboratoire  des sciences sociales de l’IFAN organise un symposium placé sous le thème de ” la recherche écolinguistique au Sénégal: état des lieux et perspectives “. L’événement est prévu le mercredi 01 février 2023 à la Salle du Conseil de l’IFAN Ch. A. DIOP de 8h30 à 18h00.  

L’argumentaire part du constat qu’à l’exception notable de la géographie, les autres disciplines des sciences humaines et sociales, ont trop longtemps déserté la recherche sur les problématiques écologiques au profit quasi-exclusif des sciences naturelles. Du fait du déficit de production de savoirs sur l’environnement, par les sciences humaines et sociales, on ne connait pas suffisamment les représentations, les perceptions et les imaginaires socio-écologiques des populations sénégalaises. Or, de telles connaissances pourraient être décisives dans le cadre de la lutte contre les effets du changement climatique et les effets retors qui découlent de l’exploitation minière, de la surconsommation d’énergies, de la pollution des eaux, de la production agricole intensive, de la désertification et de la déforestation, de l’urbanisation non planifiée, de l’industrialisation accélérée, etc.

Ce symposium vise à accroitre les savoirs sur la problématique des urgences environnementales à partir d’une approche écolinguistique. Il traite en effet des problématiques environnementales à travers le langage, les langues, les discours et les mots. Par exemple, la mesure des incidences écologiques de certains discours économiques a été une préoccupation constante du domaine depuis les travaux de Halliday (ibid.). L’écologie linguistique s’attache également à examiner les langues et les communautés linguistiques comme étant des observables comparables aux espèces biologiques. En somme, elle a associé biodiversité et diversité linguistique et elle a considéré aussi le rôle joué par les langues, et le langage de manière générale, dans la cohabitation des humains entre eux, dans la cohabitation entre les humains et les autres vivants, et enfin entre eux et les non-vivants.

Au demeurant, l’écolinguistique attache du prix à la préservation et à la valorisation des langues en danger et elle accorde un intérêt particulier à la problématique des droits des communautés locales ainsi qu’à la problématique des injustices environnementales et sociales qu’elles subissent de la part d’institutions étatiques, de multinationales, etc. Si le courant écolinguistique est généralement envisagé comme faisant partie de la sociolinguistique, il n’en demeure pas moins que ses théories et méthodologies lui viennent également des humanités environnementales, de la pensée critique, de la pensée postcoloniale/décoloniale, mais aussi de l’anthropologie, de la communication, de la sémiotique et de la philosophie. Le courant écolinguistique tarde à faire l’objet d’une véritable réappropriation par le milieu académique, au Sénégal. Il ne fait pas l’objet d’un enseignement, il n’y a pas pratiquement pas de projet de recherche sur ce domaine et jusqu’ici, aucune rencontre scientifique de type symposium, colloque, journée d’étude axée sur l’écolinguistique n’a été organisée. Cette situation ne semble d’ailleurs pas spécifique au Sénégal, le courant écolinguistqiue n’est jusqu’ici véritablement investi par la recherche académique que dans les pays africains anglophones (Nigéria, Afrique du Sud, Kenya…).

Le présent projet de symposium se veut une plateforme de lancement du courant écolinguistique dans le milieu académique sénégalais. Le symposium rassemblera des linguistes et des sociolinguistes mais aussi des chercheurs des sciences humaines et sociales et d’autre part des chercheurs des sciences de la nature. Les participants de ce symposium plancheront :a) sur les épistémologies, les théories, les méthodologies, etc. relevant de l’écolinguistique,b) sur de nouveaux chantiers de recherche relatifs aux urgences environnementales,c) sur la manière de forger une expertise sur les représentations, les perceptions et les imaginaires socio-écologiques des communautés,d) sur la manière d’intégrer l’écolinguistique dans les curricula des universités sénégalaises.

Une exposition enchanteresque sur le textile au musée Monod

Le musée Théodore Monod d’art africain de l’IFAN Ch. A. Diop célèbre la création contemporaine en dialogue avec le patrimoine historique. Son but est de conserver les traditions ancestrales réactualisées dans de nouveaux dispositifs de médiation. Exhumer la mémoire des savoirs passe par des voix diverses capables de porter les échos du passé dans une pluralité de points de vue dont, seul, le travail créateur garde le secret. C’est dans cet esprit que le musée accueille les toiles appliquées de Louis Barthélémy qui ré-enchante le textile en se fondant sur la lutte sénégalaise (làmb en wolof). Le textile est un art de l’enchevêtrement de formes complexes et de fils tendus dont la pratique résonne avec l’art de la lutte, entrelacement de corps, torses éclatants soumis à la pression, où se cachent des symboles qui puisent leur énergie dans des traditions mythiques.

La lutte est à la croisée de plusieurs univers : tradition et performance oratoire, sport et business, mysticisme et technique des corps. Mais la lutte, dit-on, ne commence jamais dans l’arène. Elle s’y concrétise. Car ailleurs, la veille, un autre combat a déjà eu lieu dans les incantations et les rituels sacrés, quelque part entre les cauris et la cola, le sang et le lait. Le jour même, elle se poursuit sur les racines du sol et dans les gestes performatifs. La lutte est un art du corps. Corps entrelacés, souffle, fureur, muscles et sueur ; et l’élégance dans les pas de danse. C’est un art du verbe à travers le bàkku (autolouange du lutteur) qui a écrit les plus belles pages de ce sport quand les costumes de parade ancraient des identités fortes dans les terroirs. Mais la lutte avec frappe a fini d’introduire un business succulent qui transforme en oripeaux les superbes lambeaux de pagnes tissés ceints à la taille des lutteurs, remplacés par des blouses luisantes et chaussures dernier cri. Les enjeux financiers ont dissipé le rituel qui transfuge dans le cérémonial des combats de boxe.

Au Musée Théodore Monod, les tableaux de Louis Barthélémy « luttent » avec les textiles traditionnels des collections patrimoniales. Mais dans cette partie entre patrimoine historique et création contemporaine, le verdict est d’avance connu. C’est le textile qui en sort vainqueur à la mémoire de cette tradition sénégalaise affranchie des saisons et des terroirs.

El Hadji Malick Ndiaye

Conservateur du Musée Théodore Monod d’art africain

Cheikh Anta Diop, un chercheur entre défi scientifique et courage de la vérité

L’une des intuitions scientifiques fut de montrer la place prééminente du continent africain dans l’histoire de la civilisation, ou dans l’histoire de l’humanité tout court. Sachant que l’ambition est une chose et la démarche ressorts théorico-méthodologique une toute autre chose, Cheikh s’est évertué à concilier les deux. Autant dire que son obsession à démontrer l’antériorité de la civilisation nègre n’a jamais frisé l’ « afrocentrisme contemplatif » que lui prêtèrent quelques-uns de ses contradicteurs, car un défi scientifique aussi titanesque devait à ses yeux, payer le prix d’une structuration pluridisciplinaire voire d’un dispositif de recherche qui soit au confluent des approches les plus diverses. De là découle toute la circulation à l’intérieur d’univers scientifique qu’un arbitraire découpage académique et un cloisonnement administratif travaillaient à séparer et à opposer, de façon rigide et systématique. Il parvint ainsi à concilier la démarche des sciences sociales (Sociologie, Anthropologie, Linguistique), celle des sciences historiques (Histoire, Archéologie) et celle des sciences expérimentales (Physique, Chimie, Biologie).  C’est la dimension totale de l’homme, qui est envisagée dans les travaux de Cheikh Anta.

Avec la mise sur pied en 1966, du Laboratoire Carbone 14, Cheikh Anta se proposait d’appréhender  l’histoire de l’homme à partir de la reconstitution paléontologique, autrement dit de la datation des fossiles archéologiques au radiocarbone. Il pensait là, avoir trouvé la voie idéale pour aborder l’histoire ancienne sur une base scientifique. C’est ainsi qu’il a commencé à utiliser les techniques nucléaires, en l’occurrence la Physique et la Chimie nucléaires des basses énergies, c’est-à-dire les éléments radioactifs de longue durée. En utilisant la méthode de la datation Carbone 14, il a réalisé qu’il pouvait obtenir des résultats tangibles tels que la datation de la période de sortie des premiers hommes vers l’Europe via le détroit de Gibraltar. Seulement,  cette technique ne pouvait pas aller au-delà de 40.000 ans. Or les évènements les plus déterminants de l’évolution historique s’étendent sur une période beaucoup plus longue. Il faudrait dès lors des techniques autres pour optimiser le mode de datation. C’est ainsi qu’il a pensé nécessaire de mobiliser la chaîne Potassium Argon ; un dispositif qui permet de prendre en charge des évènements qui remontent à plusieurs milliards d’années lumières, tels que la naissance de la terre qui remonte à 4 milliards d’années lumières. C’est ce dispositif qui lui permit d’affirmer que le peuplement de la planète s’est fait suivant un axe sud-nord et non l’inverse. Ce renouvellement de perspective a apporté  une plus-value à la vie de l’IFAN en contribuant à son rayonnement international. Défi scientifique certes, mais défi éthique également. Défi éthique car il s’agissait de prouver de la façon la plus rigoureuse possible, que les topoï africains avaient une valeur philosophique et scientifique propre, et que le Continent noir n’avait pas à développer un complexe d’infériorité, à douter sur son identité culturelle et à minorer son statut sur le plan des apports à la civilisation universelle. Il est inutile de rappeler que Cheikh Anta s’est résolument engagé dans les rapports de force intellectuels de son époque, dans l’art de la contradiction scientifique et dans celui de la controverse amicale des gens de la communauté du savoir ». Cependant, il n’est superflu de dire qu’il l’a fait au nom d’un admirable « courage de la vérité » autrement dit d’un « parrêsia[1] » qui procède d’une abnégation à porter ses idées, de la hardiesse et de la pugnacité à proposer des arguments inédits et novateurs dans la disputatio, et de la disposition à « souffrir » parce que minoritaire dans ses convictions, de la témérité à faire les frais d’un engagement scientifique quand bien même on aurait en face tout un establishment politico-scientifique.

Auteurs :

Cheikh Abdoulaye Niang (Laboratoire d’Anthropologie Culturelle, IFAN)

 Ibrahima Sagna (Laboratoire Carbone 14, IFAN)


Visite de Son Excellence, l’Ambassadrice du Royaume Uni

Le Directeur de l’Institut fondamental d’Afrique noire Cheikh Anta Diop, Pr Abdoulaye Baila Ndiaye, a reçu ce mercredi 21 Septembre 2022 une délégation de l’ambassade du Royaume Uni de la Grande Bretagne au Sénégal. Dirigée par Son Excellence l’ambassadrice Juliette John, cette visite entre dans le cadre d’une tournée de prise de contact à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Les discussions ont porté autour des problématiques de recherche intéressant les deux institutions. Des axes de collaboration future ont aussi été évoqués.

La malnutrition, les politiques de protection sociale et les sciences au cœur des activités de recherche du LARTES-IFAN

Dans ce présent article, le laboratoire de Recherche sur les Transformations économiques et sociales de l’Institut fondamental d’Afrique noire de l’Université Cheikh Anta Diop, LARTES-IFAN, passe en revue ses différentes activités de recherche menées au courant du deuxième trimestre 2022. Au menu, la malnutrition sous toutes ses formes chez les femmes à Pikine, les résultats d’une étude approfondie sur l’impact, l’efficacité et la durabilité financière des politiques de protection sociales, entre autres.

Le Laboratoire de Recherche sur les Transformations économiques et sociales de l’Institut Fondamental d’Afrique noire de l’Université Cheikh Anta Diop (LARTES-IFAN), en collaboration avec l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), mène depuis quelques années des projets de recherche sur l’alimentation au Sénégal, notamment dans les zones urbaines, comme Dakar. 

Le LARTES-IFAN a ainsi organisé une formation pour l’étude « Malnutrition sous toutes ses formes chez les femmes à Pikine ». Cette formation s’est déroulée du 16 au 21 mai 2022, et a été assurée par les chercheurs du LARTES et de l’IRD.

Le but de ce projet de recherche est d’étudier les problèmes de santé liés à l’alimentation et au mode de vie chez les femmes de plus de 20 ans, vivant en zone urbaine. Approximativement 500 femmes dans l’arrondissement de Pikine Dagoudane ont participé à cette étude. En outre, en collaboration avec deux consortiums de la société civile, OSCAR (Organisation de la Société Civile pour la Recherche Action) et REPROSOC (Renforcer la société civile pour une protection sociale efficace) notamment, une étude approfondie sur l’impact, l’efficacité et la durabilité financière des politiques de protection sociale au Sénégal, a été menée. Cette étude couvre les départements de Fatick, Kédougou, Ranérou, Rufisque et Sédhiou, et vise à évaluer les programmes de protection sociale mis en œuvre au Sénégal. À ce titre, les connaissances produites serviront à formuler des recommandations visant à nourrir le dialogue entre les parties prenantes ainsi que le plaidoyer pour une meilleure utilisation des ressources disponibles et une stratégie de financement pérenne.

Une autre étude sur la Vulnérabilité nutritionnelle et l’abordabilité en Afrique de l’Ouest (Focus Sahel) par PAM s’est aussi inscrite au programme du deuxième trimestre.  Elle a été le fruit d’une collaboration entre le Bureau régional du PAM et le LARTES-IFAN. L’objectif est d’analyser les potentiels facteurs influençant le fonctionnement des marchés, et en particulier, les déterminants de l’abordabilité surtout dans le contexte sahélien et, dans une moindre mesure, dans d’autres contextes.

Promotion des sciences exactes…

À travers le Programme ICAN KIX, une évaluation Commune en Mathématiques et en Lecture, Le LARTES-IFAN, en partenariat avec le Réseau « People Action for Learning (PAL) », a conduit une évaluation des aptitudes des enfants en mathématiques et en lecture dans le cadre d’un projet appelé « ELANA » (Évaluation de langue, de l’alphabétisation et de la numération précoce). Le projet vise à évaluer les compétences des enfants âgés de 4 à 10 ans en préscolaire et en début de primaire. L’outil harmonisé sera mis en œuvre par les organisations membres du Réseau PAL dans 12 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique. L’évaluation est implémentée de manière digitale, avec l’utilisation de tablettes et une application conçue pour le projet. La collecte de données, après trois tests pilotes, est prévue dans le 3e trimestre 2022, et le rapport à la fin de la même année. L’évaluation sera également adaptative, permettant une estimation large et précise des compétences des enfants.

Station expérimentale du Laboratoire de traitement des eaux usées (LATEU)

De la fosse septique à la production de légumes et agrumes

Le laboratoire de traitement des eaux usées de l’IFAN Cheikh Anta Diop expérimente l’arrosage des plantes avec des eaux usées traitées.  Ainsi, 570 litres d’eau traités par jour ont permis d’irriguer 47 m² de planches de laitue et 71 m² de planches de menthe pour une production moyenne annuelle de 353 Kg de laitues et 134 kg de menthes sans aucun apport supplémentaire d’engrais, d’après les résultats préliminaires de l’étude en cours.  Cette étude relève, toutefois, un certain niveau de contamination en coliformes fécaux de la laitue et de la menthe. cependant si elles sont lavées selon les normes de l’Organisation Mondiale de la Santé, elles peuvent être parfaitement propres à la consommation 

La Station Expérimentale d’Épuration (STEEP) des eaux usées du LATEU-IFAN, installée depuis 2003, s’était fixée entre autres objectifs de constituer un équipement pédagogique afin de proposer un outil de développement de solutions basées sur la nature pour traiter les eaux usées et de contribuer à une meilleure gestion des ressources hydriques de notre pays en proposant des eaux usées traitées pouvant être utilisées dans l’agriculture y compris dans la production de plantes fourragères.

En effet, dans les pays sahéliens comme le Sénégal à régime pluviométrique très faible (3 à 4 mois de pluies dans l’année) et à dominance agricole avec 70% des actifs, les eaux usées traitées peuvent soutenir ce secteur primordial pour l’économie. Aujourd’hui, sur le plan de l’assainissement, près de 70 % de la population sénégalaise utilisent des fosses septiques pour gérer les eaux usées. Mais la fosse septique n’est qu’un ouvrage de stockage qui assure le pré-traitement. Une fois pleine, elle doit être vidangée. Les boues sont ainsi dépotées dans une station de traitement des boues de vidanges de fosses septiques (STBV). Cependant, si la filière de la partie solide de ces boues de vidanges est maîtrisée au Sénégal (avec Delvic Sanitation, une entreprise privée qui gère les STBV et qui produit sur le marché un compost de qualité à partir des boues traitées), la partie liquide n’a pas encore trouvé une solution de traitement durable.

La STEEP du LATEU s’est donc investie dans cette problématique en collaboration avec les autorités en charge de la gestion des eaux usées du Sénégal (Direction de l’Assainissement, ONAS, Delvic Sanitation). Aussi, depuis quelques temps, la station reçoit un dépotage régulier de camions de vidange. 

Les toilettes du LATEU étant également connectées à la STEEP, ses eaux usées sont traitées et servent à arroser des fleurs, des arbres fruitiers et à faire des tests expérimentaux sur la laitue et la menthe.

La STEEP reçoit une charge hydraulique journalière de 1500 litres d’eaux usées répartis entre cinq filières de traitement démarrant chacune par un bassin à microphytes. Les résultats préliminaires d’une étude en cours montrent que la station produit 570 litres d’eaux traitées par jour qui permettent d’irriguer jusqu’à maturité 47 m2 de planches de laitues et          71 m2 de planches de menthes pour une production moyenne annuelle de 353 Kg de laitues ou 134 kg de menthes sans aucun apport supplémentaire d’engrais. Au niveau des rendements épuratoires, la baisse de la pollution organique varie entre 75 et 94%, en fonction des filières. La quantité de bactéries (coliformes fécaux) baisse également, même s’il y a encore une marge de progression tandis que la réduction des œufs de parasites est de 100%. Par ailleurs, sur le plan des nutriments, l’eau traitée journalièrement renferme jusqu’à 48 g d’azote,     18 g de phosphore et 20 g de potassium (NPK), ce qui en fait un engrais naturel.

Sur le plan de la qualité des plantes cultivées, malgré la baisse, on note encore aussi bien au niveau de la menthe que de la laitue, un certain niveau de contamination en coliformes fécaux.

Mais si, avant consommation, ces légumes sont lavés à l’eau de javel comme le conseillent les normes OMS, ces produits pourront être parfaitement utilisés pour la consommation humaine. En ce qui concerne la contamination parasitaire, aucun œuf viable n’a été noté sur les légumes récoltés. Afin de produire une eau de bonne qualité pour l’arrosage des plantes, le LATEU envisage de collecter et de traiter l’ensemble des eaux usées de l’IFAN Ch. A. Diop. En effet, une estimation grossière des eaux usées produites par l’IFAN Ch. A. Diop peut donner une quantité proche de 2500 litres par jour, ce qui reste encore dans les capacités de traitement de la STEEP. Les eaux traitées pourraient servir à assurer l’autonomie pour l’arrosage des espaces verts de l’IFAN Ch. A. Diop et permettre ainsi d’économiser l’eau potable utilisée pour l’arrosage dans ce contexte de pénurie d’eau à Dakar.

CAMARA LAYE-PENSIONNAIRE DE L’IFAN

Camara Laye intégra l’IFAN en 1966 à la faveur d’une bourse d’étude attribuée par le président sénégalais Léopold Sédar Senghor. Il fut d’abord admis au laboratoire d’histoire avant de poursuivre sa carrière scientifique au laboratoire des langues et civilisations africaines. Professeur Yves Person l’encourageait poursuivre son travail de transcription et de traduction des bandes de l’épopée de Soundiata Keita entamé en Guinée. Camara Laye travaillait ainsi sous la direction de Professeur Liliane Kesteloot, contribuant ainsi à la sauvegarde des récits sur l’Afrique racontés par les griots. Cette entreprise l’occupa pleinement durant ces dernières années de vie alors que sa santé était devenue vacillante.

Né en 1928 à Kouroussa en Guinée, Camara Laye est issue d’une lignée de forgerons. Après des études primaires inachevées , il s’orienta vers la professionnalisation et   réussit son certificat d’aptitude professionnelle en mécanique. Il eut ensuite une bourse d’étude en France pour une spécialisation. Mais « faute d’avoir pu s’inscrire dans un établissement scolaire, Camara Laye se retrouve ouvrier des usines Simca », peut-on lire dans le bulletin 175 des Notes Africaines qui retrace les principales étapes de sa vie. Camara Laye fait la connaissance d’une française,  professeur de lettres à Paris. Cette rencontre donna naissance à son premier roman L’enfant noir (1953), autobiographie dans laquelle l’auteur raconte l’histoire, les péripéties de sa vie dans un style imagé et pittoresque. Ce livre est un condensé des mémoires de Camara Laye. De son enfance dans une petite ville de la Haute Guinée en passant par le métier de bijoutier de son père qu’il doit perpétuer, les pouvoirs spirituels de sa mère, les croyances traditionnelles et son goût prononcé pour les études, L’enfant noir est considéré comme un chef d’œuvre de la littérature africaine. Avec cet ouvrage, il obtint le prix Charles Veillon en 1954. L’enfant noir est étudié dans les programmes scolaires au Sénégal et en Guinée

Le regard du roi (1954) est le deuxième roman de Camara Laye. Celui-ci a divisé les critiques sur l’authenticité de cet ouvrage mystique dont les référentiels reposent sur la culture Mossi. Le regard du roi évoque le cheminement spirituel d’un blanc délaissé par ses semblables, qui tente d’accéder à la sagesse africaine.

En 1958, Camara Laye est nommé directeur du crédit du Congo après un passage à la caisse centrale de la France d’Outre-Mer qui formait les cadres des agences de crédit d’Afrique noire. Lorsque la Guinée eut son indépendance, il est affecté au Ghana comme ambassadeur par le président Sékou Toure. Il occupa plusieurs postes à l’étranger avant d’être rappelé pour diriger l’Institut National de la Recherche et de la Documentation en Guinée ex   IFAN, afin de continuer son travail de recherche sur le Mande.
En conflit ouvert avec Sékou Touré, Camara Laye a vécu une brève expérience carcérale. A sa sortie de prison, il s’installa en Côte d’Ivoire puis au Sénégal en 1965. Une année plus tard, sortit son troisième ouvrage Dramous (1966), une critique acerbe du régime guinéen.

 Au Sénégal, dans les années 70, en dépit d’une hypertension artérielle tardivement diagnostiquée, Camara Laye finit ses recherches sur l’épopée de Soundiata Keita et publia l’ouvrage Le Maitre de la parole (1978).

 Il s’agit d’une transposition et d’une réécriture de l’épopée de Soundiata Keita que Camara Laye a mis une vingtaine d’années à collecter auprès des griots, gardiens de la mémoire en Afrique.

Camara Laye décédera deux ans plus tard, en 1980.  Il repose aux cimetières de Yoff.  Dans son allocution prononcée à Dakar lors de ses obsèques, Amar Samb, ancien directeur de l’IFAN parlait de lui en ces termes : «   romancier de talent, poète, ami affable, Laye Camara entre dans le panthéon des hommes de lettres (…), il est mort mais pas son œuvre littéraire marquée du sceau de l’originalité ».

REFERENCES

Kestelot, L (Juillet 1982). Témoignages sur Camara Laye. Revue Notes Africaines No 175, 58-59

Ño ko bokk Salon de discussion des savoirs sur l’Afrique

Le mot wolof, Ño ko bokk, est une interlocution qui célèbre ce qui est en partage entre différentes parties prenantes. C’est, ici, ce Salon de discussion sur des savoirs sur l’Afrique que nous souhaitons, ensemble, créer, inspirer et nourrir. Ce lieu de rendez-vous est bimensuel et nous réunira, à chaque deux mercredis, entre 12h30 et 13h00. En ces temps de d’inconfort globalisé dans les espaces classiques d’exercice de nos métiers, Il s’agit donc pour nous, d’ouvrir des espaces de refuge dans lesquels nous cultivons la nécessité de ne pas désespérer de l’Académie, de l’urgence à réengager le goût de débattre sous le double mode de la critique et de l’universel. Bien au-delà donc de l’idée simple d’une opportunité de présenter ses travaux, notre salon de discussion est une construction collective d’un service à la communauté qui s’offre sous la forme d’un espace d’échange et d’apprentissage. Nous nous intéressons aux savoirs sur l’Afrique, à leurs histoires, leurs actualités, leurs enjeux multiples, à travers une variété large d’entrées thématiques touchant aux divers aspects notionnels, conceptuels, théoriques et méthodologiques que pose la production des savoirs sur l’Afrique. 

Organisateurs

Les organisateurs du programme sont Fatoumata Hane (Université Assane Seck, Ziguinchor), Mouhamed Abdallah Ly (Ifan-Cheikh Anta Diop, Dakar) et Abdourahmane Seck (Université Gaston Berger, Saint-Louis)

Le programme est soutenu par le Groupe d’Action et d’Étude Critique – Africa (GAEC-Africa), le Pôle d’Observation et d’Etude sur la Migration et l’Environnement (POEME-IFAN) et l’Institut Education, Famille, Santé et Genre (IESFG/ UASZ).  

Modalités

1- Chaque rendez-vous est modéré et comprend, outre l’exposition sur le thème en 15 minutes du présentateur, une séance de conversation entre lui et l’audience. 

2- 15 jours à l’avance, une courte biographie du présentateur, le titre, le résumé (150 mots Max), ainsi qu’une bibliographie sélective seront partagées sur le mailing-list. Le rappel est fait une semaine avant la présentation et 24h avant. 

Instructions

1- Il est vivement souhaité une observation collective et solidaire de règles de base qui seront rappelées à chaque début de séance. 

2- Couper les micros et les caméras et, pour intervenir, prendre le soin de vérifier que son environnement sonore est adéquat 

3- Ne pas monopoliser la parole et tenir les interventions claires, précises et pas plus longues que deux minutes pour permettre à tout le monde de pouvoir participer au débat. 

4- Les débats sont enregistrés, mais uniquement à des fins de constitution de ressources pédagogiques, librement accessibles sur le site du GAEC-Africa.

Résumé de présentation 

Notre contribution interroge l’évolution de la place des femmes dans l’espace politique sénégalais postindépendance. En partant de la présidence de Léopold Sédar Senghor, marquée par un fort nationalisme politique, une centralisation du pouvoir, puis une ouverture démocratique qui consacre le pluralisme politique, elle analyse toutes les configurations politiques postindépendance (période du parti unique, ouverture politique, wolofisation, entrée des acteurs internationaux, alternance politique, parité) pour montrer comment s’y imbriquent à la fois des dynamiques d’exclusion et d’inclusion politiques des femmes. 

Elle montre comment la construction élitiste du pouvoir politique, qui renforcer la position dominante des hommes (« évolués » puis technocrates), contribue à l’exclusion politique des femmes. Cette configuration institue surtout une division sexuelle du travail politique. Elle montre aussi dans quelles mesures les transformations sociales, politique et culturelles (wolofisation, loi sur la parité etc.), le développement du mouvement feministe et l’intérêt progressif des organisations internationales à l’égalité de genre depuis les années 1980 permettent une féminisation de l’espace politique sans pour autant remettre en cause les rapports de pouvoir entre les hommes et les femmes, y compris dans l’espace politique. 

Ainsi les politiques de quotas, la constitutionnalisation de la parité, la mise en place de mécanismes de promotion de la femme, bien qu’elles permettent une féminisation des instances dirigeantes (Assemblées locales et nationale), montrent leurs limites quant à la transformation des rapports de genre aussi bien dans l’espace privé que dans l’espace public. Les résistances sociales et religieuses au féminisme confortent l’ineffectivité des dynamiques émancipatrices. Ce qui conduit à ce qu’on pourrait appeler une « dissonance égalitaire ». 

Biographie de l’auteur 

Saliou Ngom est socio-politiste, chercheur à l’IFAN. Il est diplômé de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne où il a soutenu sa thèse en 2017 au centre d’études de science politique et de sociologie (CESSP). Il a également été coordonnateur de la recherche dans le programme LPT du ministère de l’éducation, financé par l’USAID, entre 2019 et 2020. 

Distinction Dr Fatou Sow : L’IFAN salue une ancienne pensionnaire, pionnière du féminisme africain

Le 18 mai, l’Université de Bayreuth remettra de manière festive au Dr Fatou Sow le doctorat honorifique BIGSAS. Avec ce prix, la sociologue sénégalaise Dr. Fatou Sow – basée à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) à Paris – est reconnue pour son engagement indéfectible à la cause des femmes et ses remarquables travaux d’érudition. réalisations dans les sujets féministes sur le continent africain. Sow est une véritable pionnière des études de genre et du féminisme africain, qui a travaillé à la pointe des droits des femmes en Afrique de l’Ouest et au-delà pendant plus d’un demi-siècle.

Le prix a été annoncé pour la première fois lors de son discours liminaire à la conférence Africa Multiple Cluster of Excellence le 14 juillet 2021 et sera désormais célébré de manière festive le 18 mai de cette année.

La cérémonie aura lieu sur le campus, mais peut également être suivie en ligne. Veuillez vous inscrire à l’un ou l’autre des formats d’événement en visitant  https://bigsas-award-ceremony.wr-events.de/

Les mercredis de l’alphabétisation Àllarbay làkki réew mi

Lecture – Écriture wolof (Cours en ligne)

Le Laboratoire de linguistique de l’IFAN Ch. A. Diop, en collaboration avec le groupe Fonk Sunuy làmmiñ, organise des cours pour l’écriture et la lecture du wolof.

Ces cours, gratuits, se dérouleront en ligne du 18 mai au 11 juin 2022 et sont ouverts à toute personne désireuse d’améliorer son niveau d’écriture et de lecture en wolof.

Deux possibilités sont offertes :

  •  les mercredis de 16h à 18h
  • les samedis de 10h30 à 12h30

Les personnes intéressées peuvent contacter l’équipe enseignante aux numéros et e-mails ci-dessous et préciser le jour qui leur convient.

Contact :

Tel : +221 77 631 63 47, +221 70 970 41 15, +221 77 453 64 63

E-mail : dramemamour@yahoo.fr ; adjisall@yahoo.fr allarbaylakkireewmi@gmail.com