Appel à projets de recherche sur les rapports sociaux de sexes et / ou la masculinité positive au Sénégal
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Le laboratoire  Genre et Recherche  Scientifiques de l’IFAN Cheikh Anta Diop vous informe du lancement de l’appel à projets de bourses de recherche d’une valeur 2 millions de FCFA  pour des thématiques qui concernent   les rapports sociaux de sexes et / ou la masculinité positive au Sénégal. L’appel à projets lancé le 16 mars 2024  sera clôturé le 27 mars 2024. Pour avoir plus d ‘informations sur le règlement et la procédure de selection , veuillez contacter simultanément par email saliou17.ngom@ucad.sn et khadijatou.sam@undp.org

Contexte et justification

Les enjeux égalitaires sont devenus une préoccupation principale à la fois pour renforcer la démocratie et pour atteindre les objectifs du développement durable. La recherche est un pilier fondamental de connaissance pour éradiquer les inégalités de genre. Pour renforcer la visibilité des travaux scientifiques sur ces différents enjeux égalitaires, L’IFAN (laboratoire Genre et recherches scientifiques), à travers le projet « la masculinité positive et transformatrice : « Leaders locaux et changement de comportements en matière d’égalité des sexes», financé par la Belgique et mis en œuvre par le  PNUD, lance un appel à projets pour soutenir des recherches portant sur les rapports sociaux de sexes et/ou sur la masculinité positive au Sénégal.

Objectif et conditions de financement

L’objectif du projet est de financer des chercheurs intéressés à développer des connaissances sur l’inclusion sous les trois axes suivants: 1. économique et social, 2. juridique-politique et 3. questions environnementales.

Les thématiques d’intérêt peuvent  questionner plusieurs thèmes ci-après  identifiés, mais pas exclusivement, violences faites aux femmes, femmes et enjeux écologiques, code de la famille et discrimination entre les sexes, sport et transformation des rapports sociaux de sexes, l’accès des femmes au foncier/ autonomisation des femmes, inégalités dans l’espace politique/ parité, masculinités hégémonique/positive, pouvoir de décision des femmes au sein de la famille / inégalités sociales et de genre, les jeunes, les personnes vivant handicap, les personnes âgées  et la question de l’égalité dans un contexte de transition démographique, entre autres.

Les projets soumis devront également être portés par des chercheurs et/ou/ docteurs/ doctorants des universités sénégalaises. Les lauréats vont travailler avec l’équipe de recherche de l’IFAN (laboratoire genre et recherches scientifiques) pour mettre en œuvre leur recherche.

Les projets soumis (4 pages maximum) devront préciser le titre, l’objet, la problématique, les objectifs et la méthodologie (la méthodologie doit inclure une approche empirique qui implique les réseaux de masculinité positive déjà crées par le PNUD).

Ils devront aussi proposer une planification de mise en œuvre de leur recherche jusqu’à la soumission d’un manuscrit (sous forme d’un article entre 25.000 et 30.000 signes) avant le 10 mai 2024.

Les propositions peuvent aussi être issues d’une thèse de doctorat soutenue et portant sur ces enjeux.

Les articles soumis seront transmis au bailleur et les partenaires. Il est aussi prévu un processus de publications avec  le laboratoire Genre et recherches scientifiques (LGRS) de l’IFAN.

Modalités du prix et critères de sélection.

  • Trois projets individuels seront financés, en tenant compte de leur pertinence, du profil du/de la candidat(e) et de la diversité des sujets proposés en respectant un équilibre géographique (couverture nationale), de recherches et le genre : dimensions économique-sociale, écologique, juridique-politique.
  • Les 3 projets de recherches sélectionnés par le jury seront financés chacun à hauteur de 2 millions de Francs  CFA.
  • Les candidats(es) doivent être jeunes chercheurs/ enseignant-chercheurs/ (docteurs, doctorants ou ayant au moins un niveau de Master (Bac+5) dans les universités sénégalaises en sciences humaines  sociales, juridiques et politiques (sociologie, anthropologie, histoire, géographie, Études du développement, Études de genre, science politique, relations internationales, Droit etc.  

Ils /elles doivent être entièrement disponibles pendant la réalisation de la recherche (28 mars-15 mai 2024) et disposé à travailler avec l’équipe de recherche.

Constitution du dossier de candidature

  • Projet de recherche (maximum 4 pages) précisant le titre, le contexte, les questions de recherche, la méthodologie et le planning.
  • Curriculum vitae (2 pages) et diplôme le plus élevé).

Processus de sélection

PériodeActivité
16 marsLancement de l’appel à proposition
27 marsDernière date de Réception des dossiers de candidature
31 mars et notifications aux candidatsAttribution des prix.
1er au 10 avrilMise en œuvre enquête (éventuelle) avec le laboratoire genre de l’IFAN et les réseaux de masculinité.
10 maiSoumission des résultats sous forme d’article.

Le dossier est à soumettre par mail sur ces deux adresses simultanément:

Saliou17.ngom@ucad.edu.sn et khadijatou.sam@undp.org  

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Parution de deux numéros du bulletin Série B : Sciences Humaines de l’IFAN

La scolarisation et l’alphabétisation accrues, la codification de plus d’une vingtaine de langues, de nouvelles modalités d’écriture et de lecture rendues possibles par le numérique, l’essor de littérature écrite en langue nationale etc. sont autant de mutations survenues ces dernières décennies, au Sénégal, dans les domaines de l’écrit, de l’écriture, du texte. Le tome LXI des Bulletins de l’IFAN, Série B, est un numéro thématique qui procède à la recension, à la description et l’interprétation de productions langagières scripturales, en wolof, pulaar, français et arabe.

Le tome varia LXII, se compose quant à lui de deux volumes qui explorent une variété de sujets selon des approches et des démarches relevant des sciences humaines et sociales notamment de l’histoire, de la géographie environnementale, de la préhistoire, de l’archéologie, de la linguistique, de la philosophie et de la sociolinguistique.

Ces deux tomes sont disponibles au service des publications de l’IFAN. Pour rappel, Le Bulletin B de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire  est une revue scientifique à comité de lecture crée depuis 1936.

L’IFAN et l’IFEF s’associent pour diffuser la collection Léebal Ma

À l’occasion de la journée internationale de la langue maternelle, l’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation (IFEF) a remis la collection Léebal Ma ainsi que des calendriers en wolof aux représentants des cases des tous petits, des écoles élémentaires et des centres socio-culturels de la région de Dakar. Cette documentation élaborée par le laboratoire de linguistique de l’IFAN Cheikh Anta Diop et la société Kati360 comprend des livrets de conte et des calendriers en langues nationales destinés aux enfants et aux élèves. L’IFEF a apporté son soutien financier à ce projet.

Les contes du livret Léebal Ma véhiculent des valeurs de coopération, de respect et d’ouverture aux autres. Des activités sont proposées après chaque récit pour stimuler l’expression orale de l’enfant, l’aider à structurer son raisonnement, affiner son jugement, éveiller son intérêt et renforcer son identité. Les calendriers mettent en valeur les produits locaux et les savoir-faire culinaires.

Ainsi, des milliers de documents sont gracieusement mis à la disposition des jeunes. La collaboration entre l’IFAN et l’IFEF est saluée par les parties prenantes. L’IFAN apporte son expertise scientifique à travers l’élaboration de ces contes et calendriers. L’IFEF apporte son soutien financier et son réseau de partenaires pour la vulgarisation de ces documents.  L’objectif est de faire connaître le patrimoine aux jeunes générations en leur transmettant l’héritage.

L’IFAN et le Centre Cheikh Moussa Kamara collaborent pour la sauvegarde et la valorisation de manuscrits arabo-islamiques du Sénégal et de la sous-région

L’Institut fondamental d’Afrique noire IFAN Cheikh Anta Diop et le Centre Cheikh Moussa Kamara pour la Recherche, la Culture et le Développement ont signé une convention pour soutenir la restauration, la conservation, la numérisation et la valorisation des manuscrits des lettrés arabes du Sénégal et de la sous-région. Il s’agit d’un patrimoine religieux, scientifique et culturel  d’une portée incommensurable. Installé à Ganguél Soulé dans la  région de Matam (département de Kanel), le centre se fixe comme objectif la collecte, la conservation et la valorisation des manuscrits de Cheikh Moussa Camara ainsi que d’autres érudits musulmans de la zone.

Cheikh Moussa Kamara, guide religieux originaire duFouta a marqué de son empreinte l’histoire intellectuelle du Sénégal. Son œuvre rédigée en langue arabe couvre des domaines variés tels que l’histoire, la religion, la linguistique, la grammaire, la sociologie, l’anthropologie et l’astrologie.

Eminent historien, Cheikh Moussa Kamara entretenait des liens cordiaux avec l’administration coloniale. Il avait ainsi instruit son petit-fils, Mamadou Djiby Kane de remettre des manuscrits à Théodore Monod, le premier directeur de IFAN. Ces manuscrits forment le fonds Cheikh Moussa Kamara constitué entre 1930 et 1944. Ils sont soigneusement préservés dans la salle des manuscrits de l’IFAN qui porte son nom.

Pour soutenir ce partenariat entre l’IFAN et le centre, le khalife de la famille Cheikh Moussa Kamara, Thierno Mouhamadou Bassirou Camara, a invité une délégation de l’IFAN à Guanguel Soulé lors de la ziarra annuelle à l’honneur de  Cheikh Moussa Kamara (1864-1945). La délégation était composée du directeur de l’IFAN, Pr Abdoulaye Baila Ndiaye, du chef du laboratoire d’Islamologie, Dr Djim Damé, du chef du service des archives, Souleymane Gaye.

Dans son discours, le directeur de l’IFAN a magnifié les liens qui unissaient l’Institut à Cheikh Moussa Camara. Il a réaffirmé la disponibilité de l’IFAN à développer des relations de confiance avec le Centre Ch. M. Kamara et avec toutes les familles qui possèdent des manuscrits précieux afin de faciliter leur sauvegarde et leur valorisation. Il a encouragé les détenteurs de manuscrits à les confier au Centre Cheikh Moussa Kamara pour assurer leur préservation et leur diffusion au niveau national et international. L’objectif étant d’éviter  la disparition des savoirs pluridisciplinaires produits par nos érudits.

« L’IFAN ne ménagera aucun effort pour soutenir la préservation et la valorisation de ce patrimoine précieux », a indiqué Pr Ndiaye insistant sur la nécessité de sensibiliser la population sur l’intérêt de céder les documents au centre Cheikh Moussa Kamara et de faire de ce lieu un pôle d’attraction et de visibilité pour la localité.

Le directeur de l’IFAN a par ailleurs salué le rôle du khalife Thierno Mouhamadou Bassirou Kamara et a rappelé la collaboration de longue date entre l’IFAN et la famille de Cheikh Moussa Camara.

Exposition « Habiter ce monde » , un appel contre la haine et le désespoir

Le musée Théodore Monod d’art africain de l’IFAN Ch. A DIOP, en partenariat avec le musée du quai Branly-Jacques Chirac présente l’exposition “Habiter ce monde” du 19 janvier au 31 mars 2024. Le  vernissage de l’exposition s’est déroulé le 18 janvier en présence des autorités des deux institutions muséales.

Les clichés exposés  sont le résultat de recherche de trois artistes, lauréats du prix de la photographie du musée du quai Branly-jacques Chirac en 2019.  Elles relatent chacune une histoire, un évènement et un vécu. Abdoulaye Barry  montre à travers ses photos les nuits passées avec des réfugiés fuyant les djihadistes alors que les torches des téléphones portables semblent   donner des lueurs d’espoir pour des lendemains meilleurs. Pablo Lopez Luz  s’intéresse à la protection des maisons cubaines  particulièrement aux  motifs des fers et des grilles des habitations variés et adaptés à la culture caribéenne. La  photographie de Prasiit Sthapit dresse le tableau de la situation écologique et politique vulnérable du Népal.

Le prix de la photographie du musée du quai Branly-Jacques Chirac témoigne de l’engagement de l’institution muséale  en faveur de la création photographique contemporaine extra-européenne, s’adressant aux artistes photographes originaires de l’un des quatre continents représentés dans les collections des musées en Afrique, Asie, Amérique et Océanie.

A l’ occasion du vernissage, Emmanuel Kasarhérou, président du musée du quai Branly-Jacques Chirac rappelle la volonté de « Co-construire » un partenariat nouveau avec l’IFAN. Il rajoute  que l’exposition  « Habiter ce monde » est un programme initié depuis 2008, permettant de percevoir et d’élargir la perception du monde, constituant ainsi une archive photographique à conserver .

 La première présentation des œuvres des trois lauréats 2019, Prasiit Sthapit (Népal), Pablo Lopez Luz (Mexique) et Abdoulaye Barry (Tchad) à Dakar est l’occasion pour le musée Théodore Monod de l’IFAN Cheikh Anta Diop de les mettre en résonance avec la scène artistique sénégalaise, dynamique et innovante. Ce qui témoigne des liens tissés entre les deux institutions, en cohérence avec leur engagement pour la diffusion de la photographie.

Pour le directeur de l’IFAN, Pr Abdoulaye Baila Ndiaye, la présentation de cette  exposition à Dakar est une nouvelle étape et vient renforcer le partenariat et l’amitié entre le musée du quai Branly-Jacques Chirac et l’IFAN Cheikh Anta Diop. Il précise que la photographie est un patrimoine à entretenir pour rendre le monde plus intelligent. C’est également un appel poétique à nous ériger contre la haine et le désespoir.

ARIELLE MAHOUDO METAHOU

Stagiaire Service Communication

L’exposition “Falémé 12 ans de recherche dans le Sénégal oriental” : comprendre le passé pour mieux s’imprégner du présent…

Du 30 janvier au 30 avril, le musée historique de Gorée de l’IFAN Ch. A. Diop accueille l’exposition “ Falémé 12 ans de recherche dans le Sénégal oriental” qui présente les résultats de 12 ans de fouilles archéologiques menées par une équipe internationale et interdisciplinaire d’archéologues et de paléo environnementalistes. L’exposition retrace l’histoire des populations humaines qui ont habité cette région depuis le Paléolithique ancien jusqu’à nos jours, en mettant en lumière les techniques qu’elles ont développées pour exploiter les ressources de la rivière, ainsi que les influences et les réseaux d’échange qu’elles ont tissé avec d’autres régions.

Proposant un parcours chronologique et thématique à travers plusieurs méthodes de datation, ce travail de recherche exposé à Gorée  permet de découvrir les vestiges archéologiques issus des fouilles, tels que des objets taillés en pierre, de la céramique, des cauris et des perles, mais aussi de comprendre le contexte géomorphologique et paléo environnemental dans lequel ils ont été produits et utilisés. L’exposition s’intéresse aussi aux aspects culturels et sociaux des populations, comme la métallurgie, l’architecture, l’agriculture, l’élevage, la chasse et la pêche.

Le défi de ces douze années de recherche est  de dater chronologiquement l’évolution du peuplement et du climat, ainsi qu’à démontrer les méthodes d’adaptation de la population. L’objectif est également de reconstituer le climat, de décrire les événements passés, la végétation qui y était présente et l’origine de la production d’or.  Il s’agit ainsi  de mieux comprendre les changements environnementaux et les adaptations humaines qui ont eu lieu dans la région étudiée.

Du temps médiéval jusqu’au début de la production du fer, à l’époque actuelle, les chercheurs du projet s’intéressent de près dans leur documentation aux techniques métallurgiques qui ont été mises en œuvre, ainsi que les éléments architecturaux. Les recherches ont permis de retrouver des sites de production de fer qui dataient du 4e siècle avant notre ère.

By Khadija NDONGO,
Stagiaire, Service Communication IFAN

INTERVIEW KHADIM NDIAYE, CHERCHEUR EN HISTOIRE DE L’AFRIQUE

Chercheur en histoire de l’Afrique, l’Enseignant nous livre un vibrant témoignage sur la vie et l’œuvre de Cheikh Anta Diop qui a largement contribué à la restauration de la vérité scientifique et la promotion des langues africaines, notamment locales, gage de développement et d’indépendance.

Au stade actuel, les archives de l’IFAN Ch. A. Diop et de l’UCAD sont malheureusement muettes sur tout ce qui concerne Cheikh Anta Diop. Quelle explication peut-on donner à cette donne ?

Cheikh Anta Diop, auteur controversé, a longtemps eu la réputation d’un penseur infréquentable qui a osé bousculer les idées reçues sur l’histoire de l’Afrique. De son temps, très peu d’intellectuels se sont risqués à écrire sur lui, au sein même de l’Université. Ceci explique certainement cette situation. Mais curieusement, on note aujourd’hui un regain d’intérêt autour de sa pensée. Il y a un réel engouement, chez les jeunes notamment et on ne compte plus le nombre d’articles scientifiques et d’ouvrages qui lui sont consacrés.

Quel est l’apport de ses travaux à la recherche scientifique à l’UCAD et en Afrique en général ?

Un de ses principaux apports est d’avoir théorisé et démontré l’antériorité des civilisations noires. Le continent africain est à l’origine de tout le développement de la civilisation humaine. Cela a été rendu possible par la démonstration qu’il a faite de la « continuité historique » de l’Afrique, faisant remonter son origine à l’Antiquité, ruinant ainsi la thèse des « siècles obscurs » communément soutenue à son époque.

Le rôle de Cheikh Anta DIOP dans la restauration et la préservation de la vérité scientifique, comment l’évaluer ?

Cheikh Anta Diop a joué un rôle de pionnier dans la restauration de la vérité scientifique sur l’Afrique. Si la thèse de l’antériorité des civilisations africaines a été évoquée par des auteurs antérieurs, son apport décisif a été d’en faire un « concept scientifique opératoire » qu’il a pu vérifier dans plusieurs domaines de la connaissance : historique, linguistique, philosophique, sociologique, etc.

Pourquoi a-t-il toujours ramé à contre-courant de la Communauté scientifique internationale ?

Certaines thèses, très en vue à son époque et qui dissimulaient en réalité un projet de domination, faisaient de l’Afrique le parent pauvre de l’histoire, un continent fruste qui n’a rien apporté. Diop a opéré un renversement épistémologique en montrant que l’Afrique est la mère des civilisations. C’est donc une confrontation qui instaure une césure radicale dans la vision de l’histoire de l’humanité.

À quel point pouvez-vous évaluer les impacts (positifs comme négatifs) de son engagement politique ou de son génie politique sur son parcours d’homme de sciences ?

L’impact positif c’est la référence sur l’éthique tout au long de sa carrière politique. Cheikh Anta Diop a refusé à plusieurs reprises l’offre de postes ministériels et parlementaires faite à son parti. Il a toujours refusé les compromissions. Ce qui lui a valu d’être combattu. Il aurait pu faire beaucoup plus au niveau de la formation et de la recherche scientifique si les pouvoirs publics n’avaient pas transféré l’adversité politique sur le terrain de la science.

D’aucuns disent que Cheikh Anta DIOP était bien au-dessus de son époque, qu’en pensez-vous ?

Ceux qui vont à l’encontre de la doxa officielle dans le domaine du savoir sont en général incompris et rejetés de prime abord. C’est bien une marque de supériorité que de renverser une perspective communément admise, d’offrir des paradigmes nouveaux de lecture et d’user d’une méthodologie pluridisciplinaire. C’est ce que fit Cheikh Anta Diop.

Témoignages sur Cheikh Anta DIOP

35 ans après sa mort, des intellectuels témoignent.

Les témoignages sont unanimes. Imminent intellectuel sénégalais disparu en 1987, Cheikh Anta Diop fut l’homme de l’intégrité morale et intellectuelle et du refus des compromissions pour satisfaire les « vraisemblances » du moment. Dans ce Spécial Cheikh Anta Diop, amis, parents, anciens compagnons politiques et intellectuels reviennent sur la vie et le parcours de l’homme.

Boubacar Boris Diop, Écrivain

« Si Cheikh Anta Diop était resté enfermé dans son laboratoire de l’IFAN (…), seuls quelques spécialistes se souviendraient aujourd’hui… »

« Diop est un immense porte-drapeau, un symbole de la résistance politique et culturelle d’un continent que l’Histoire n’a pas épargné. Au Nigeria, il est l’un des rares intellectuels dits francophones à être lu avec attention. Ce n’est pas à Bamako seulement qu’il y a un lycée privé à son nom, j’en ai découvert un autre à Johannesburg. L’Afrique lui sait gré d’avoir su reconnecter le politique et le culturel, mais c’est dans le domaine linguistique que le peuple sénégalais lui est le plus redevable. ”Nations nègres et culture” paraît en 1954 et dès 1958 se constitue le “Groupe de Grenoble” dont les membres (Assane Sylla, Saliou Kandji, Cheik Aliou Ndao, etc.) reconnaissent avoir été directement influencés par l’ouvrage de Diop. Il en naît “Ijjib wolof” le premier alphabet dans la langue de Kocc. Tous ceux qui viendront plus tard – Saxiir Thiam, Pathé Diagne, Aboubacry Moussa Lam et Aram Fal – revendiqueront son héritage.

Aux dires de certains, Diop n’aurait jamais s’engager en politique. Ils estiment que les années qu’il y a consacrées ont été autant d’années

perdues pour ses précieuses recherches. Je pense exactement le contraire. Si Cheikh Anta Diop était resté enfermé dans son laboratoire de l’IFAN à travailler sur des sujets arides, des sujets en rapport avec un passé très lointain, seuls quelques spécialistes se souviendraient aujourd’hui de son passage sur terre, quitte d’ailleurs à vampiriser ou discréditer son œuvre…

L’impact de Diop reste puissant et durable parce qu’il a été, par le biais de l’action politique, sans cesse au contact des souffrances et des espérances de tout un continent. Il a montré à la jeunesse que le terrain politique n’est pas forcément le lieu du mensonge et de la corruption. »

Le dernier parti fondé par Cheikh Anta Diop, le “Rassemblement national démocratique”, fonctionnait à bien des égards comme une université populaire, il y était surtout question des défis majeurs que la jeunesse africaine se devait de relever »

Dr Ibrahima Sagna(Laboratoire Carbone 14, IFAN) et Dr Cheikh Abdoulaye Niang (Laboratoire d’Anthropologie culturelle, IFAN)

« Cheikh Anta Diop, un chercheur entre défi scientifique et « courage de la vérité »

«Il est inutile de rappeler que Cheikh Anta s’est résolument engagé dans les rapports de force intellectuels de son époque, dans l’art de la contradiction scientifique et dans celui de la controverse amicale des gens de la communauté du savoir ». Cependant, il n’est superflu de dire qu’il l’a fait au nom d’un admirable « courage de la vérité » autrement dit d’un

«parrêsia1 » qui procède d’une abnégation à porterses idées, de la hardiesse et de la pugnacité à proposer des arguments inédits et novateurs dans la « disputatio » et de la disposition à « souffrir » parce que minoritaire dans ses convictions, de la témérité à faire les frais d’un engagement scientifique quand bien même on aurait en face tout un establishment politico-scientifique »…

Pr Babacar Diop dit Bouba Diop

« Il est parti sans nous laisser ses mémoires, ses réflexions sur l’articulation entre engagement politique, activités scientifiques, sociales, etc. »

« Il suffit de lire ou relire le rapport fait par un de mes anciens professeurs à la Sorbonne, le Prof Jean Dévisse (ancien de l’Université de Dakar dans les années 60) suite à la Conférence du Caire en 1974 sur le peuplement de l’Égypte ancienne et le déchiffrement de la langue méroïtique. La préparation méticuleuse de Cheikh Anta Diop et de Théophile Obenga n’a pas eu la contrepartie attendue de leurs adversaires. Donc il n’y a pas eu match, c’est dans le rapport validé par l’UNESCO alors dirigé par le professeur Amadou Mokhtar Mbow. On aurait pu évoquer le 1er Festival mondial des arts nègres, en 1966, à Dakar, qui a consacré Cheikh Anta avec Dubois comme intellectuels qui ont marqué la pensée nègre au XXe siècle.

Il a ramé contre les fossoyeurs de nombreux pays et entretenus par des établissements, institutions, maisons de presse qui voulaient maintenir l’Afrique dans la dépendance et le monde dans la queue des races, des

civilisations, des religions. Il faut lire à ce sujet un des derniers ouvrages de Pathé Diagne « l’Afrique, enjeu de l’Histoire, afrocentrisme, eurocentrisme, Sémitocentrisme », Co-édition Sankore, paru aux éditions L’Harmattan en 2010 ».

Cheikh Anta a été un intellectuel organique dans les sens que Gramsci donne à ce terme. Il illustre bien le rôle d’un individu particulier dans l’histoire de son pays, le Sénégal, de son continent, l’Afrique, et du monde.

Le regret qu’on peut formuler c’est sa disparition brutale en 1986. Il est parti sans nous laisser ses mémoires, ses réflexions sur l’articulation entre engagement politique, activités scientifiques, sociales, etc.…

De toutes les façons, il est difficile de dissocier ces 2 dimensions dans la vie de Cheikh Anta Diop. Il a eu ses convictions, il les a assumées avec courage, dignité et lucidité ».

CHEIKH ANTA DIOP : la recherche au service de la conscience historique africaine

L’illustre chercheur, Cheikh Anta Diop a laissé à l’Afrique un héritage de libération intellectuelle sans précédent. Les résultats de ses recherches sont le produit d’un effort gigantesque de reconstitution des fondements de l’architecture d’une civilisation qui était enfouie sous les décombres de l’oubli, comme disait Jean-Pierre NDiaye dans le J.A. n° 1316 (daté du 26 mars 1986). L’institut Fondamental d’Afrique Noire Cheikh Anta Diop qui porte son nom et où il fut chercheur, lui rend un hommage appuyé par des témoignages, dans le second numéro de son bulletin d’information.

« L’Égypte ancienne était nègre… C’est l’évolution du hasard qui a voulu que l’homme ait pris naissance en Afrique. Donc, l’homme était d’abord noir et cet homme est l’ancêtre de toutes les autres races ». Tel est le résumé qui sort principalement des travaux scientifiques menés par l’éminent chercheur.

La première parution de « Nations nègres et culture » en 1954, fut un véritable séisme dans les milieux intellectuels de l’époque. Le chercheur qui rame à contre-courant va plus loin en étudiant les textes anciens des savants et explorateurs. Il reprend ainsi les récits de voyageurs européens du XVIIIe siècle qui, malgré les préjugés de la société esclavagiste, ont perçu comme une évidence l’origine nègre de l’Égypte ancienne.

Il invite également, photographies à l’appui, à porter un regard critique, direct sur les sculptures et les fresques égyptiennes, et à voir dans la pigmentation foncée des personnages, dans leur nez court et charnu, leurs lèvres épaisses et leur morphologie un type humain intégralement nègre.

Selon lui, les ancêtres des Européens, les Latins et les Grecs qui étaient arrivés au centre de la lucidité et de la maturité à l’instar des philosophes de l’antiquité, avaient tous abondé dans le même sens. Mieux, ils prétendaient avoir reçu de ces derniers, tous les éléments de leur civilisation. Une telle théorie plaçant l’Égypte au cœur de la civilisation universelle et comme base l’hellénisme, ne pouvait que susciter l’indignation.

Au service du génie noir…

Cheikh Anta Diop appartient en effet aux générations des intellectuels africains de la Seconde Guerre mondiale. C’est le moment où vont éclater les contradictions de trois siècles de domination occidentale avec une prééminence des idéologies racistes et colonialistes, une infériorisation des noirs et une négation de leur contribution à l’Histoire universelle.

Les travaux de Cheikh Anta Diop marquent également la résurrection de la Haute Antiquité égyptienne qui remonte à 6 000 ans avant J.-C. et qui témoigne de l’existence d’une écriture à travers laquelle les peuples de la vallée du Nil ont immortalisé leur mémoire.

Ses travaux ont contribué à bouleverser les certitudes considérées comme scientifiques, au moment où les jeunes nations retrouvent théoriquement leur indépendance.

Après sa thèse de Doctorat d’État en Histoire, et quelques années d’enseignement de la physique-chimie aux lycées Claude Bernard et Voltaire à Paris, il retourne en 1960 au Sénégal, en terre africaine, pour contribuer au développement de la science et à la décolonisation des approches dominantes.

En 1961, il est affecté à l’Institut français d’Afrique noire (IFAN) de l’Université de Dakar où il va approfondir ses recherches sur l’histoire africaine et égyptienne en particulier. À l’IFAN, sa première tâche fut l’inventaire archéologique du Mali.

Le chercheur-Assistant va répertorier toutes sortes d’objets, de la poterie de l’époque médiévale, des haches de la période néolithique, etc. qui lui ont permis de reconstituer la chronologie, le mode de vie et d’organisation sociale des ancêtres d’Africains, leurs coutumes et la conception qu’ils se faisaient de la vie et de la mort.

Il va sans aucune aide du gouvernement, solliciter le concours des amis et collègues pour créer le Laboratoire Carbone 14 de datation des objets archéologiques par la méthode de radiocarbone, le seul laboratoire en Afrique à cette époque. Dans son Laboratoire, il y réunit toute une collection de moulage de crânes de différents stades de l’évolution humaine et s’emploie à remonter le plus loin possible dans l’histoire de l’Afrique. Chef du laboratoire Carbone 14 à l’IFAN, Cheikh Anta Diop s’adonne aussi à des recherches sur l’énergie solaire.

Dans le domaine politique, il parachève l’élaboration théorique de sa vision étatique qui s’identifie à celle de Nkrumah et la consolide.

Le Panafricain des premières heures

Son combat culturel eut naturellement un prolongement politique. Dans les années cinquante, Cheikh Anta Diop est l’un des principaux animateurs de la Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France (FEANF) qui lance pour la première fois, en direction de l’Afrique, le mot d’ordre d’ « indépendance immédiate » bousculant le calendrier et le programme politique des partis fédéraux africains.

Cheikh Anta Diop, c’est aussi un combat pour l’Unité de l’Afrique Noire, gage d’indépendance et de développement. Partisan d’un État fédéral d’Afrique Noire, il a posé les fondements économiques du continent noir dans son ouvrage « Les fondements économiques et culturels d’un État fédéral d’Afrique noire » dans lequel, le principe de l’unité transforme tous les problèmes auxquels l’Afrique est confrontée. Pour l’homme, il n’y a pas d’unité sans mémoire : il s’agit de restaurer la conscience historique africaine. II n’y a pas d’identité nationale et fédérale sans un langage commun : l’unification linguistique est possible.

Dr Mamour Dramé, chercheur à l’IFAN : « Cet ouvrage est la continuité de mes publications sur la langue Wolof»

“Dawal ak bind làmmiñu wolof” est le nouveau ouvrage publié par le linguiste , Dr Mamour Dramé. Composé de deux volumes,  l’ouvrage est conçu pour  faciliter l’apprentissage de l’écriture du wolof, souvent mal orthographiée dans l’espace public.  Dr Drame y  propose des leçons progressives, des exercices pratiques, des textes illustrés et des conseils méthodologiques. Pour les débutants ou pour les usagers  avancés, les manuels comprennent un livre de l’enseignant et celui de l’apprenant. L’objectif est de permettre à ceux qui veulent écrire le wolof de manier la langue  sans les  nombreuses fautes d’orthographe qui polluent littéralement l’espace public.

Pourquoi vous avez pris l’initiative d’écrire un livre sur la langue wolof ?

Cette initiative a été prise dans le cadre de la continuité de ce que j’étais en train de faire ; étant  linguiste de formation.  Mon mémoire de maîtrise portait sur la langue wolof, sujet que j’ai approfondi dans mes recherches durant mon DEA et ma thèse, qui comparaient trois dialectes wolof. Ces travaux ont été publiés en tant qu’ouvrages. J’ai également co-écrit d’autres articles sur la dialectologie wolof, domaine que j’explore depuis mon mémoire de maîtrise. Afin de poursuivre ma recherche linguistique sur le wolof, j’ai décidé de réaliser un ouvrage de lecture-écriture du wolof, basé sur les théories scientifiques que j’ai élaborées et que d’autres ont développées sur cette langue

Parlez nous du contenu de ces deux volumes de l’ouvrage ?

Le contenu des deux manuels est quasiment identique. La seule différence réside dans le fait que le manuel de l’enseignant contient des exercices avec leurs corrigés, qui ne figurent pas dans le manuel de l’apprenant.

Qu’est-ce que cet ouvrage peut apporter aux apprenants ?

Ces ouvrages peuvent être utiles aux personnes qui travaillent dans les programmes d’alphabétisation des adultes. L’enseignant peut disposer du « livre de l’enseignant » et l’apprenant du livre de l’apprenant. Le système éducatif formel sénégalais peut également tirer profit de ces ouvrages, qui peuvent être employés dans ce contexte ou dans d’autres. Tous ceux qui s’intéressent au wolof de manière générale peuvent utiliser ces manuels pour apprendre à lire et à écrire et à maitriser  cette langue.

Vous abordez également des conseils méthodologiques. La langue wolof peut elle être utilisée comme outil de travail ?

Le wolof, comme toutes les autres langues, peut devenir une langue de travail à condition qu’elle soit bien documentée, comme le sont les langues actuellement utilisées dans ce domaine. Cette documentation n’est pas encore disponible, car il reste beaucoup à faire en lexicologie et en terminologie, par exemple. Tant que ces travaux ne seront pas réalisés, je pense que le wolof ne pourra pas être employé comme langue de travail. Cela vaut aussi pour les autres langues du Sénégal. Mais si nous nous y attelons, cela pourrait être possible dans quelques années.”

Boudal Ndiath