Souverainetés et Restitutions : l’IFAN accueille un colloque international pour le retour des trésors africains

Du 23 au 26 février 2026, les musées de l’IFAN (Théodore Monod d’art/Musée historique de Gorée) ainsi que le Musée des Civilisations noires ont organisé un colloque international intitulé « Souverainetés et restitutions des biens culturels ».
Ce colloque, qui a réuni des experts d’Afrique, d’Europe et des États-Unis, est une étape majeure dans la réflexion sur le retour et la restitution des biens culturels spoliés pendant la colonisation.

Pour les organisateurs et les autorités sénégalaises, la question de la restitution dépasse largement le cadre de l’art. Comme l’a souligné Abdoulaye Koundoul, conseiller technique culturel à la Primature, il s’agit d’une «  exigence morale et politique ».  Selon lui, la souveraineté d’un peuple est indivisible : sans une souveraineté sur son histoire et son récit national, un pays ne peut prétendre à une pleine souveraineté économique ou politique.

L’un des objectifs majeurs de ce colloque est de déconstruire l’argumentaire occidental qui tend à limiter ces objets à leur seule dimension esthétique.

« Ces objets n’avaient pas une vocation esthétique seulement. Ils avaient une vocation sociale, et étaient notamment  liés aux cultes », a expliqué Abdoulaye Koundoul.

Un bilan  des restitutions jugé dérisoire au Sénégal

Malgré les promesses de restitution formulées par le gouvernement français   dès 2017, un seul objet emblématique a, à ce jour, été restitué au Sénégal : le sabre d’El Hadj Omar Tall. Ce bilan, jugé « dérisoire » par les acteurs culturels, nourrit un sentiment d’insuffisance face aux enjeux de mémoire et de justice patrimoniale.

Ceux‑ci appellent à accélérer le plaidoyer politique, en étroite collaboration avec les chercheurs, afin d’obtenir le retour d’autres objets appartenant au patrimoine sénégalais, identifiés dans le rapport de Felwine Sarr consacré à la restitution des biens culturels.

Selon Mamarame Seck, enseignant-chercheur à l’IFAN Cheikh Anta Diop, coorganisateur de ce colloque, « Il ne doit y avoir aucune condition à la restitution des biens culturels ».

Il fustige les lois européennes, notamment françaises, qui comportent encore trop de « garde-fous » et de conditions techniques (capacités de conservation, locaux, etc.) qu’il considère comme une insulte à la souveraineté africaine.

Des voies de récupération alternatives

Face à la lenteur des États, d’autres initiatives émergent. La sociologue Saskia Cousin Kouton, membre du comité scientifique du colloque, estime  que la question du retour des biens culturels est « plus vaste » et nécessite « d’autres modalités de récupération ».

Le colloque a notamment mis en lumière l’exemple de la communauté mouride, qui a choisi la voie du rachat. Des fidèles ont ainsi acquis des photographies de Cheikh Ahmadou Bamba afin de les rapatrier au Sénégal.  Si cette démarche est saluée pour son efficacité immédiate, elle pose question. Pour beaucoup, le rachat ne doit pas devenir la norme, car il s’agit d’un droit d’obtenir la restitution d’objets spoliés..
Une exposition abritée par le Musée historique de Gorée intitulée « Ku ñaan ñàkk, soo jëndee am »  signifiant « Ce que la demande ne t’accorde pas. L’achat te le l’offre », met d’ailleurs en avant cet engagement des communautés dans la préservation et la restitution de leur patrimoine.

Une science engagée pour l’avenir

Le colloque, qui se déroule sur plusieurs sites emblématiques (Musée Théodore Monod, Musée historique de Gorée, Musée des Civilisations noires), se veut le point d’aboutissement de quatre années de recherches mondiales.

Pour le Pr Matar Ndiaye, Directeur de l’IFAN, la restitution est un processus qui engage les mémoires collectives et les récits nationaux. L’objectif est clair : permettre aux jeunes générations de comprendre le lien intrinsèque entre ces objets et l’évolution de leur société. Il ne s’agit plus seulement de regarder vers le passé, mais d’anticiper l’avenir en reprenant possession de son identité culturelle.

Depuis sa création, l’Institut fondamental d’Afrique noire s’est engagé à inventorier, conserver et mettre en valeur les héritages culturels du continent. Dans le contexte actuel marqué par les débats sur les restitutions, l’institution est désormais appelée à élargir sa réflexion au cadre dans lequel ces œuvres peuvent revenir, être accueillies et donner lieu à de nouvelles formes de collaboration.

« Aujourd’hui, il nous appartient également de réfléchir aux conditions éthiques, scientifiques et institutionnelles du retour des œuvres, à leurs modalités d’accueil et aux nouvelles formes de coopération qu’elles appellent »,  a souligné le directeur de l’IFAN, Pr Matar Ndiaye 

Les débats se sont  poursuivis jusqu’au 26 février avec l’espoir que  ce rendez-vous de Dakar serve à relancer un processus de restitution total et sans compromis.

Partenariat : les musées du Quai Branly et Théodore Monod-IFAN ’’réinventent’’ le passé

Pour la troisième année consécutive, le Musée Théodore Monod d’Art africain de l’IFAN Cheikh Anta Diop accueille un dialogue culturel international en présentant les œuvres des lauréats du Prix de la Photographie 2023-2024 du Musée du Quai Branly Jacques Chirac.

Fruit d’un partenariat désormais durable entre les deux institutions, l’exposition Réinventer son passé met en lumière le travail de trois lauréats internationaux. Chacun explore, à sa manière, les notions d’identité, de mémoire et d’héritage, créant ainsi une passerelle sensible et poétique entre les continents. Trois parcours, trois regards, trois territoires, mais une même quête essentielle : retrouver la racine

Jaisingh Nageswaran (Inde), artiste autodidacte, transforme son combat personnel contre la dyslexie en une véritable autobiographie visuelle, documentant les communautés vulnérables avec une sensibilité remarquable. Mónica Alcázar-Duarte (Mexique/Royaume-Uni) interroge les zones de tension entre héritages ancestraux et modernité technologique. Julie Gough (Australie) complète ce triptyque en proposant une lecture profonde des mémoires insulaires et du passé colonial.

La force d’une collaboration durable

Ce partenariat dépasse la simple mise en scène d’une exposition. Il témoigne d’un engagement commun pour la circulation des savoirs et la valorisation des créations contemporaines entre l’Afrique et le reste du monde.

Lors du vernissage, le professeur Matar Ndiaye, directeur de l’IFAN, a salué cet événement culturel majeur à Dakar :
“J’espère que vous sortirez de cette visite impressionnés par la richesse de la photographie et que vous garderez d’agréables souvenirs de votre passage au Musée Théodore‑Monod, vitrine culturelle de l’Université Cheikh Anta Diop.”, a-t-il affirmé

Pour le conservateur du Musée Théodore Monod, le Professeur El Hadji Malick Ndiaye, ce projet permet de revisiter le passé pour mieux questionner les imaginaires contemporains à travers le storytelling visuel de ces artistes.

Un prix international majeur

Créé en 2008, le Prix pour la Photographie du Quai Branly soutient chaque année la création de projets originaux d’artistes originaires d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Avec une dotation de plus de 19 millions de FCFA par projet depuis 2022, il constitue l’un des soutiens les plus significatifs au monde dans le domaine de la photographie contemporaine.

En quinze ans, ce dispositif a permis de constituer une collection de référence de près de 1 000 tirages, abordant des thèmes essentiels tels que l’écologie, les migrations, la mémoire postcoloniale et les identités diasporiques.

Une exposition à découvrir jusqu’au 3 mai 2026

Ouverte au public jusqu’au 3 mai 2026 au Musée Théodore Monod IFAN Cheikh Anta Diop, l’exposition offre aux dakarois une occasion unique de découvrir le dialogue fécond entre les  patrimoines du musée Théodore Monod  IFAN  Cheikh Anta Diop et des œuvres majeures de la scène photographique internationale.

Passage de témoins à la direction de l’IFAN: continuité et engagement 

La cérémonie de passation de service entre le Directeur sortant, le Professeur Abdoulaye Baïla Ndiaye, et le Directeur entrant, le Professeur Matar Ndiaye s’est déroulée dans une atmosphère empreinte de solennité et de cordialité.

Inscrite dans la pure tradition universitaire, la cérémonie s’est tenue en présence des chercheurs et enseignants (PER) , du personnel administratif, technique et de service (PATS), des étudiants, et a été marquée par des moments fructueux d’échanges cordiaux et de vœux de succès.

Dans son allocution, le Professeur Abdoulaye Baïla Ndiaye a exprimé sa profonde gratitude à l’ensemble des membres du personnel de l’Institut pour la confiance placée durant ses deux mandats. Il a salué leur professionnalisme et leur esprit d’équipe pour l’accomplissement de sa mission à la Direction de l’IFAN.

Prenant la parole à son tour, le Professeur Matar Ndiaye, nouveau Directeur de l’IFAN Cheikh Anta Diop, a accueilli avec humilité, responsabilité et remerciements la confiance que les collègues ont porté à sa modeste personne en l’élisant Directeur de l’IFAN. Ch. A. Diop. Il a réaffirmé sa volonté de s’inscrire dans une dynamique de continuité et de consolidation des acquis, tout en engageant de nouveaux chantiers structurants qui seront matérialisés autour d’un plan stratégique.

Le nouveau Directeur a en effet annoncé que le plan stratégique fera l’objet de larges concertations avec tous les membres du personnel exerçant dans les départements, laboratoires et services, afin de trouver la meilleure vision la plus consensuelle pour l’IFAN.

Fort de ses expériences scientifiques et administratives, le Professeur Matar Ndiaye compte impulser une nouvelle vision de la recherche adaptée aux mutations actuelles du monde académique et aux défis de l’affranchissement des champs disciplinaires pour tendre vers transdisciplinarité réfléchie et constructive.

« C’est un honneur et un privilège de prendre la direction de l’IFAN, qui constitue l’une des grandes institutions de recherche universitaire de l’Afrique. L’IFAN joue un rôle majeur dans la construction des savoirs, la conservation des collections, l’archivage et la numérisation des documents, ainsi que dans le partage et la valorisation des connaissances à travers des approches innovantes. J’entends mettre mon mandat au service de l’efficacité administrative et de la transparence totale dans la gestion des ressources. » a-t-il rajouté.

Cette cérémonie de passation de service marque ainsi une étape importante dans la vie de l’IFAN, institut universitaire au service de la recherche, du patrimoine et de la production des savoirs.

Le LATEU IFAN présente des solutions fondées sur la nature pour une gestion durable de l’eau et de l’assainissement

 Organisée par le Laboratoire de Traitement des Eaux Usées (LATEU) de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire Cheikh Anta Diop (IFAN Ch. A. Diop), cette exposition est consacrée à la gestion durable de l’eau et de l’assainissement

Elle s’inscrit dans la mission de l’IFAN de promotion de la recherche scientifique et de valorisation des connaissances au service du développement. Inaugurée dans les jardins du musée Théodore Monod de l’IFAN, cette exposition se veut itinérante. Elle sera ensuite installée à l’IFAN au campus pédagogique de l’UCAD. 

L’objectif est de sensibiliser le grand public, les acteurs institutionnels et les décideurs aux enjeux liés à l’assainissement, à travers la présentation de solutions alternatives fondées sur la nature.

Un enjeu majeur de santé publique et de développement durable

L’assainissement constitue un pilier fondamental du développement durable. Il conditionne la santé des populations, la préservation des écosystèmes et la qualité du cadre de vie. Cependant, dans de nombreuses régions, l’accès à des services d’assainissement adéquats demeure limité, entraînant des conséquences sanitaires, économiques et sociales importantes, notamment pour les femmes, les filles et les populations les plus vulnérables.

Face aux limites des systèmes classiques de traitement des eaux usées, souvent coûteux et énergivores, le LATEU met en avant des solutions durables et accessibles. Le lagunage, les filtres plantés, les zones humides artificielles et le compostage des boues de vidange figurent parmi les technologies présentées lors de l’exposition.

Ces approches, fondées sur la nature, se distinguent par leur efficacité, leur résilience et leur faible coût d’exploitation, tout en étant mieux adaptées aux réalités locales.


L’expertise scientifique au cœur de l’initiative


Selon le Dr Nourou Diaby, chef du Laboratoire de Traitement des Eaux Usées de l’IFAN, une part importante des eaux usées est encore rejetée dans l’environnement sans traitement, avec des impacts significatifs sur la santé publique et les écosystèmes. 

« Avec la croissance démographique, la pression sur la ressource en eau s’accentue. Une eau utilisée devient une eau usée et ne peut être rejetée dans la nature sans un traitement approprié », souligne-t-il.


Le chercheur rappelle également que les solutions fondées sur la nature constituent une alternative crédible aux infrastructures classiques, en raison de leurs coûts d’investissement réduits et de leurs besoins énergétiques limités.

Une démarche de valorisation de la recherche

À travers cette exposition, l’IFAN réaffirme son engagement en faveur de la valorisation de la recherche scientifique et de la diffusion des connaissances auprès du public. En s’appuyant sur des expériences menées au Sénégal, en Afrique et à l’international, le LATEU contribue à promouvoir des réponses durables aux défis liés à l’assainissement et à la gestion de l’eau.

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