La pensée géographique du Pr Cheikh Ba : de Khadimou Rassoul à l’africanisation des savoirs

La bibliothèque universitaire a servi de cadre à une réflexion sur l’œuvre du Pr Cheikh Ba, figure importante de la géographie sénégalaise. Entre témoignage spatio spirituel et projet académique décolonial, cette rencontre a été modérée par le Pr Matar Ndiaye, directeur de l’Institut fondamental d’Afrique noire Cheikh Anta Diop (IFAN Ch. A. Diop)..

Le premier ouvrage, Serigne Touba Khadim Rassoul : la source profitable à la lumière de la géographie, met en lumière la « spatialité » de l’œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba.
Selon le Pr Matar Ndiaye, le concept de Khitma (être au service) s’inscrit dans une géographie de l’épreuve, où la difficulté devient une ressource et un moteur de transformation spirituelle.

Du séjour à Thiéyène à l’ancrage de la Mouridiyya dans l’espace sénégambien, la géographie ne se contente pas de décrire les lieux : elle devient un support, mais aussi un témoin de la mission du Cheikh. Cet ouvrage montre comment la mobilité, dans des environnements multiples, confère un sens nouveau aux concepts et aux méthodes géographiques, tout en intégrant des dimensions religieuses et sociales.

Préfacière de l’ouvrage, le Pr Aminata Niang Diène a salué la facilitation de l’accès aux archives de Touba, rendue possible grâce au soutien de l’actuel directeur de l’IFAN Ch. A. Diop, le Pr Matar Ndiaye.

Le second ouvrage, Décolonisation des savoirs et africanisation de la géographie : sur les traces du Pr Cheikh Ba, dirigé par le Pr Mamadou Bouna Timéra, s’inscrit également dans la continuité intellectuelle du Pr Cheikh Ba. Il intérroge la décolonisation des savoirs et de l’africanisation de la géographie.

Ce travail  invite à repenser l’aménagement du territoire, à tirer des enseignements des pratiques locales et à investir de nouveaux champs de recherche ainsi que des objets d’étude endogènes.

En explorant  les traces du Pr Cheikh Ba, universitaire émérite et  son projet scientifique sur Serigne Touba , ces travaux démontrent que l’espace africain n’est pas qu’une simple donnée physique, il est le réceptacle d’une histoire intellectuelle et spirituelle qu’il appartient aux chercheurs actuels de documenter, d’analyser et de valoriser.

« Héros Africains » : l’UNESCO et l’IFAN scellent une alliance numérique au service de la jeunesse

Le Directeur de l’IFAN CH.A.DIOP, Pr Matar Ndiaye, et le Directeur régional de l’UNESCO, Dimitri Sanga, ont scellé, jeudi 16 avril 2026, au siège de l’UNESCO à Dakar, une alliance stratégique autour du projet de jeu vidéo éducatif « Héros Africains ».

Cette initiative vise à réinventer la transmission des récits nationaux et continentaux, en s’appuyant sur les leviers de l’innovation numérique afin de toucher les nouvelles générations.
« C’est une opportunité pour nous de mettre à la disposition des jeunes, non seulement du Sénégal mais du monde entier, ces héros qui nous inspirent », a souligné Dimitri Sanga, Directeur régional de l’UNESCO.

Le projet s’appuie sur l’expertise scientifique de l’Histoire générale de l’Afrique, un travail de savants qu’il s’agit aujourd’hui de rendre accessible au plus grand nombre. De son côté, le Directeur de l’IFAN, Pr Matar Ndiaye, a affirmé :

« Ce partenariat constitue une étape clé dans la relation de longue date qui unit l’IFAN et l’UNESCO. Le Musée Théodore Monod de l’IFAN dispose d’une expertise reconnue, mais aussi d’une présence internationale. Nous nous réjouissons de pouvoir participer à cette dynamique de valorisation et de vulgarisation du patrimoine. »

Le partenariat va bien au-delà d’un simple logiciel, a rappelé Pr El Hadji Malick Ndiaye, responsable du Musée Théodore Monod de l’IFAN. Il a insisté sur l’intégration du jeu au sein même de l’institution. Le musée dispose déjà de quatre espaces dédiés où les jeunes viennent forger, dessiner et tisser. Un autre lieu de vie, situé au cœur du musée, a été identifié pour accueillir le projet : un espace où les jeunes pourront « s’asseoir, lire, vivre des moments et s’inspirer ».

Pour le conservateur du musée, « ce projet arrive à un moment où nous repensons la scénographie. Il s’agit de proposer de nouveaux repères et de reconstruire le récit historique africain, trop longtemps dévoyé ». Ce constat est largement partagé : pour toucher la nouvelle génération, il faut investir les écrans. « Où trouver ces jeunes ? Ils sont sur leurs portables », a-t-il souligné.

Le jeu vidéo « Héros Africains » ne sera donc pas qu’un divertissement. Il constituera un outil de valorisation de l’histoire du Sénégal et de l’Afrique, un support d’éducation numérique aligné sur les objectifs des Jeux Olympiques de la Jeunesse de 2026, mais également un vecteur de valeurs telles que la citoyenneté et l’inclusion, à destination des futurs visiteurs de cet événement.

La signature s’est conclue par une invitation à visiter les collections uniques de l’IFAN Cheikh Anta Diop.

Faire de l’eau un moteur de désenclavement : chercheurs et acteurs locaux réunis à l’IFAN

L’IFAN Cheikh Anta Diop a accueilli, du 24 au 28 mars 2026, une réflexion stratégique majeure autour de la question de l’eau. L’atelier intitulé « Mobilités fluviales et lacustres en Afrique : repenser les technoscapes de l’eau » est le fruit d’un partenariat entre le Centre de recherche sur le savoir local Point Sud, l’IFAN Cheikh Anta Diop et plusieurs autres partenaires. Il a réuni chercheurs, décideurs et acteurs locaux autour d’une réflexion en faveur de la réappropriation des voies navigables africaines.

Le Dr Mamadou Bodian, responsable du Laboratoire des Études Sociales de l’IFAN, a souligné. l’importance pour l’Institut de se positionner comme un « réceptacle » de ces recherches.

Il s’agit aujourd’hui de réfléchir autour de l’eau, mais dans une perspective qui permet d’élargir le champ analytique pour rendre fluides nos réflexions au-delà de ce que nous savons. En effet, ces espaces, les fleuves, les océans, les lacs sont aussi  des voies  de savoir où interagissent l’humain et le non-humain “, a-t-il affirmé.

Lors de l’ouverture des travaux, le professeur Matar Ndiaye, directeur de l’IFAN, a également évoqué l’urgence de rompre avec une vision exclusivement routière du transport. Selon lui, le Sénégal et l’Afrique sont confrontés à une forme d’amnésie : alors que les fleuves (Sénégal, Casamance) et les lacs constituaient autrefois les artères vitales du continent, ils ont été relégués au second plan au profit d’infrastructures terrestres souvent saturées et coûteuses. Il a insisté sur le fait que l’IFAN, fidèle à sa mission de recherche ancrée dans les réalités africaines, se doit de porter ce plaidoyer afin que l’eau redevienne un moteur de désenclavement.

Au cœur des échanges figurait le concept de « technoscapes ». Peter Lambertz, co‑organisateur de l’atelier, soutient que la technologie ne doit pas servir à « dompter » l’eau de manière rigide, mais plutôt à accompagner ses flux naturels et sociaux. Il a mis en garde contre une « technicalisation » excessive, susceptible de déshumaniser la gestion de l’eau. Repenser les paysages hydriques apparaît ainsi comme un enjeu de paix régionale. En facilitant les mobilités fluviales et lacustres, l’intégration régionale pourrait être renforcée.

« En transformant nos fleuves en autoroutes de développement inclusif, nous ne gérons pas seulement un liquide ; nous gérons le lien social. Il est urgent que les décideurs, les ingénieurs et les citoyens collaborent pour que l’eau en Afrique redevienne ce qu’elle a toujours été : un espace de liberté et de vie », a‑t‑il précisé.

L’objectif de ces quatre jours de réflexion était également de combler un vide dans la recherche actuelle. Dans un contexte marqué par le changement climatique et par des interventions humaines telles que les barrages ou l’urbanisation, comprendre les modes de déplacement des populations sur les fleuves est devenu une priorité. L’atelier s’est ainsi largement ouvert aux acteurs de terrain. Des constructeurs de bateaux venus du Congo, du Mali et du Sénégal ont pu échanger sur leurs techniques ancestrales et s’inspirer mutuellement.

Les participants ont quitté les salles de conférence pour visiter le marché aux poissons ainsi que les chantiers navals de Yoff et de Fann-Hock, afin d’observer concrètement la transmission des savoir-faire. Le message de clôture de l’atelier est clair : il est nécessaire de rompre avec les approches « top‑down » (du haut vers le bas), où les grandes entreprises d’État et les planificateurs ignorent trop souvent la complexité des mondes locaux.

L’Ambassadrice de la République fédérale de Suisse en visite à l’IFAN

Son Excellence l’Ambassadeur de la République fédérale de Suisse à Dakar, Madame Mona Tamara, a effectué une visite à l’IFAN le lundi 30 mars 2026.

Il a été reçu, elle et Madame Sarah Fall de l’ambassade, par le  Pr Matar NDIAYE Directeur de l’IFAN.CH.A.DIOP.

Cette visite avait pour objectif de renforcer les relations de coopération académique et scientifique en cours à travers les projets de partenariats archéologiques comme “Le peuplement et le paléoenvironnement en Afrique” et le projet “Synergia” sur l’alimentation entre l’IFAN et les universités Suisses (Genève, Zurich).

Cette rencontre a permis d’échanger sur les axes prioritaires de la coopération, notamment dans les domaines de la culture, de la recherche scientifique et de la mobilité des chercheurs et du personnel administratif et technique de service de l’IFAN vers les institutions universitaires Suisses. 

Cette visite a permis d’effectuer avec Son Excellence Madame Mona Tamara, un parcours qui a mis en lumière la richesse du patrimoine de l’IFAN à travers les laboratoires d’archéologie, des invertébrés terrestres, des vertébrés terrestres, du Traitement des Eaux Usées et du laboratoire carbone 14.

Les différentes présentations de ces laboratoires s’articulent autour des sites mégalithiques et sur des pièces exceptionnelles comme le pectoral d’or de Rao. Un véritable musée d’histoire naturelle regroupant des espèces de la biodiversité animale a été visité, à côté d’une présentation des Solutions Fondées sur la Nature (SFN). Le laboratoire LATEU propose aussi des alternatives écologiques et innovantes pour le traitement des eaux, un enjeu majeur pour le développement durable.

La visite s’est conclue au Laboratoire Carbone 14, fondé par Cheikh Anta Diop, chercheur et parrain de l’IFAN.

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