Faire de l’eau un moteur de désenclavement : chercheurs et acteurs locaux réunis à l’IFAN
L’IFAN Cheikh Anta Diop a accueilli, du 24 au 28 mars 2026, une réflexion stratégique majeure autour de la question de l’eau. L’atelier intitulé « Mobilités fluviales et lacustres en Afrique : repenser les technoscapes de l’eau » est le fruit d’un partenariat entre le Centre de recherche sur le savoir local Point Sud, l’IFAN Cheikh Anta Diop et plusieurs autres partenaires. Il a réuni chercheurs, décideurs et acteurs locaux autour d’une réflexion en faveur de la réappropriation des voies navigables africaines.
Le Dr Mamadou Bodian, responsable du Laboratoire des Études Sociales de l’IFAN, a souligné. l’importance pour l’Institut de se positionner comme un « réceptacle » de ces recherches.
“Il s’agit aujourd’hui de réfléchir autour de l’eau, mais dans une perspective qui permet d’élargir le champ analytique pour rendre fluides nos réflexions au-delà de ce que nous savons. En effet, ces espaces, les fleuves, les océans, les lacs sont aussi des voies de savoir où interagissent l’humain et le non-humain “, a-t-il affirmé.
Lors de l’ouverture des travaux, le professeur Matar Ndiaye, directeur de l’IFAN, a également évoqué l’urgence de rompre avec une vision exclusivement routière du transport. Selon lui, le Sénégal et l’Afrique sont confrontés à une forme d’amnésie : alors que les fleuves (Sénégal, Casamance) et les lacs constituaient autrefois les artères vitales du continent, ils ont été relégués au second plan au profit d’infrastructures terrestres souvent saturées et coûteuses. Il a insisté sur le fait que l’IFAN, fidèle à sa mission de recherche ancrée dans les réalités africaines, se doit de porter ce plaidoyer afin que l’eau redevienne un moteur de désenclavement.
Au cœur des échanges figurait le concept de « technoscapes ». Peter Lambertz, co‑organisateur de l’atelier, soutient que la technologie ne doit pas servir à « dompter » l’eau de manière rigide, mais plutôt à accompagner ses flux naturels et sociaux. Il a mis en garde contre une « technicalisation » excessive, susceptible de déshumaniser la gestion de l’eau. Repenser les paysages hydriques apparaît ainsi comme un enjeu de paix régionale. En facilitant les mobilités fluviales et lacustres, l’intégration régionale pourrait être renforcée.
« En transformant nos fleuves en autoroutes de développement inclusif, nous ne gérons pas seulement un liquide ; nous gérons le lien social. Il est urgent que les décideurs, les ingénieurs et les citoyens collaborent pour que l’eau en Afrique redevienne ce qu’elle a toujours été : un espace de liberté et de vie », a‑t‑il précisé.
L’objectif de ces quatre jours de réflexion était également de combler un vide dans la recherche actuelle. Dans un contexte marqué par le changement climatique et par des interventions humaines telles que les barrages ou l’urbanisation, comprendre les modes de déplacement des populations sur les fleuves est devenu une priorité. L’atelier s’est ainsi largement ouvert aux acteurs de terrain. Des constructeurs de bateaux venus du Congo, du Mali et du Sénégal ont pu échanger sur leurs techniques ancestrales et s’inspirer mutuellement.
Les participants ont quitté les salles de conférence pour visiter le marché aux poissons ainsi que les chantiers navals de Yoff et de Fann-Hock, afin d’observer concrètement la transmission des savoir-faire. Le message de clôture de l’atelier est clair : il est nécessaire de rompre avec les approches « top‑down » (du haut vers le bas), où les grandes entreprises d’État et les planificateurs ignorent trop souvent la complexité des mondes locaux.





